Interview # MINA

Petit voyage en Europe avec Mina adepte des flops et du style cartoon…

– nom : Mina
– dates d’activité : 2000 à aujourd’hui
– crew : CC
– âge : 29
– villes : Berlin / Paris

– Quand et Comment as-tu découvert le graffiti ? La 1ère bombe que tu as tenu en main, tu t’en souviens ?

J’ai découvert le graffiti assez tôt, car c’était toujours partout où j’allais. Les peintures sur les murs, sur les toits, les trains, ont attiré mon regard depuis toute petite. Au début c’était un monde à part, anonyme et mystique.
J’ai admiré les graffs et je me posais des questions sur les gens derrière les peintures. Dans ma ville il y avait un grand « Hall of Fame » où je me baladais souvent pour découvrir de nouvelles pièces.
Un jour, c’était en 2000, j’ai fait connaissance d’un graffeur qui m’a ouvert la porte du monde du graffiti. Il m’a expliqué les bases, il m’a filé des magazines de graffiti (que je regardais tout le temps en étudiant les pièces), on a dessiné ensemble et il m’a donné des bombes pour que je puisse enfin essayer. Pour moi c’était magique : d’appuyer sur le cap, voir la peinture qui sort de la canette. D’ailleurs je trouve ça toujours magique!

– Quand as-tu commencé? As-tu gardé les photos de tes 1ers graffs ?

Mon premier graff je l’ai donc fait en 2000 avec un pote. C’était un lettrage. J’avais pas d’appareil à l’époque, c’est lui qui a archivé les premières pièces. J’espère qu’il a gardé les photos !
Après mes premières expériences de peinture sur murs j’ai décidé d’attendre encore. J’étais écrasée par la qualité de ce que je voyais et j’étais loin de là…bien sûr. Alors j’ai continué à dessiner, à traîner dans des endroits où ça peignait, à lire des magazines… et puis je me suis mise à peindre dehors à nouveau !

– Que cherchais-tu à faire dans ce mode d’expression ? Tu le vois toujours de la même manière ?

Le truc qui m’a toujours plu dans le graffiti c’était de peindre avec des gens sympas. L’énergie, l’échange, les bons moments passés et le partage. C’est pareil pour une pièce faite dans la rue ou pour un mur peint tranquille.
Et oui, je le vois toujours de la même manière.
Mina_93_2014 93 / 2014

Mina Bruce WRUNG_93_2014 feat. Bruce / 93 / 2014

Mina_Bruce_Barcelona_2015 feat. Bruce / Barcelona / 2015

– Ton champ d’action géographique?

En gros je peux dire que ce sont la France et l’Allemagne. Je bouge assez souvent, du coup je peins là où je me retrouve, dernièrement en Espagne.

– Avec qui as-tu bougé dans ta carrière ? Les rencontres qui t’ont marquée

Mes rencontres les plus inspirantes et motivantes je les ai souvent faites par hasard. C’était d’abord les personnes et après le graff. Jusqu’à présent ce sont des amis, des sources d’inspiration, bref : des gens cools.
Il y a Bruce, Akbar, 2Shy, Very128, Sexy, Like…pour en nommer quelques-uns.

– Ton domaine de prédilection, les supports que tu préfères, un type de mission plus apprécié ?

Je préfère peindre dans la rue d’une manière spontanée, en me baladant avec les potes à la recherche d’un bon spot. Ça peut être un store, un mur en briques, une palissade…Ça se décide à ce moment là. Avec un sac plein de belles couleurs, la motive, et une idée dans la tête, tout est possible. L’effet de surprise, l’imprévu…c’est ça que j’aime!
Mais je suis aussi partante pour un terrain, genre un beau rooftop avec une belle vue, une vielle usine ou n’importe quel endroit. Là c’est plus le fait de passer une bonne journée avec les amis en faisant un beau graff qui me fait kiffer. De parler, rigoler, boire des bières, faire des conneries…
Par contre je crois qu’en terme de satisfaction, un flop dans la rue fait en 3 minutes, est bien plus fort qu’un graff fait en 3 heures.
A côté de ça j’aime aussi beaucoup la culture des stickers. Dès que je quitte la maison je commence à en coller…

Mina_44_2014 44 / 2014
Mina-Bruce-93-2014 feat. Bruce / 93 /2014

– Les flops rapides en pleine rue, en France, j’en ai très rarement vus faits par une fille. A l’étranger ça me semble être un phénomène plus répandu (en Espagne, aux Etats-Unis par exemple). Une explication ?

C’est vrai. Pour moi aussi ça me semble plus répandu dans d’autres pays, surtout en Amérique du sud. J’ai pas spécialement d’explication, mais ça me ferait plaisir de voir plus de flops fait par des filles dans les rues, mises à part celles qu’on connaît déjà. Big up les filles!

Mina_CC_Valencia_2015_2 Valencia / 2015

Mina_Hamburg_2015 Hamburg / 2015
– Comment as-tu choisi ton nom?

Mina est un de mes petits noms qu’une copine m’a donné il y a longtemps. Pourquoi chercher plus loin? J’aime bien ces 4 lettres.

– Comment définis-tu ton style ? Qui/quoi t’inspire, t’a inspiré ?

Mon style est plutôt simple je dirais. J’aime bien les lignes claires et définies, une touche un peu BD.
L’inspiration vient de mon entourage, les trucs que je vois dans ma vie de tous les jours, les graffs, les tags, les pubs… mais ça reste un processus inconscient. Je ne suis pas à la recherche de l’inspi.

– Tu dessines beaucoup ? as-tu besoin de ton dessin sous les yeux quand tu peins ?

Oui, je dessine pas mal. J’emmène pas toujours mon sketch quand je vais graffer, mais quand c’est une nouvelle « création » je l’ai sous les yeux quand je trace mon lettrage. Des fois j’ai des flèches qui sont un peu compliquées du coup c’est mieux d’avoir un petit pense-bête dans la poche.

– es-tu une carriériste du graffiti ? ou plutôt en temps partiel ?

Le graffiti fait partie de ma vie et je me sens bien quand je peins dehors. Je le fais pour moi et pas parce-que je dois prouver quelque chose à quelqu’un.

– As-tu des thèmes récurrents, des associations de couleurs préférées…?

Le graffiti en soi implique de la répétition. J’écris mon nom de manières différentes. J’ai des éléments qui réapparaissent souvent, des yeux, des mains, des petites conneries.
Difficile à dire si j’ai vraiment des associations de couleurs préférées, car ça dépend aussi de mon envie. Je me sens souvent attirée par des couleurs comme le turquoise, le rouge… un beau contraste de couleurs froides et chaudes.
Tout simple, noir et blanc, c’est bien aussi.

Mina_Barcelona_action_2015 Barcelona / 2015

Mina_Barcelona_2_2015 Barcelona / 2015

– Comment vois-tu le graffiti dans son essence même ? (l’acte de graffer/taguer, le style, le graffiti en tant qu’art ou pas, dans la société….)

Pour moi l’acte de graffer ou de taguer me donne un sentiment de liberté. Je suis libre sur la taille de mes pièces, le style, le temps, je suis dehors en liberté. On vit dans un monde qui est de plus en plus contrôlé, des choses qui sont mises dans la tête des gens auxquelles il faut croire, qu’est-ce qui est bien ou mauvais. Le graffiti dépasse les frontières, il peut connecter des cultures, des gens, peu importe leur langue, où qu’ils se trouvent, peu importe leur travail dans leur vie de tous les jours. C’est une forme d’expression assez ouverte. Dans la société personne ne peux esquiver le graffiti, s’il a une attirance ou pas pour le graffiti, s’il l’aime ou pas. Il est là. Personnellement je pense que le graffiti est une forme d’art qui est assez puissante dans toutes ses disciplines et styles possibles, très présente et éphémère en même temps, et toujours en changement.

– Il y a une certaine liberté oui, artistiquement parlant, mais comme ça se passe dehors et sur des supports parfois non autorisés, la liberté peut vite se perdre…Cela te stresse, ou te motive ? Tu n’y penses pas spécialement ?

Il y a toujours une tension plus ou moins grosse, tout dépend du spot, des gens, de la ville, du pays, de l’ambiance. Le flop ça reste du plaisir pour moi, si je le sens pas, je le fais pas. 

– Certaines graffeuses t’intéressent ? (tous pays, supports confondus)

Le travail de Yael me plaît assez, la simplicité de son style. J’aime beaucoup ce que fait Yubia, ses lettrages et aussi bien ses petits illustrations avec les persos.
Pushe est intéressante, son style est atypique et unique. Dans les graffeuses plus oldschool j’aime bien Musa, Fancy, Rosy… En fait il y a pas mal de filles qui font des trucs impressionnants dans le graffiti, ça fait plaisir.

– As-tu d’autres occupations, intérêts, auxquels tu consacres du temps régulièrement ?

Le dessin, la peinture…c’est ma passion. Depuis toujours.

Mina_Bruce_CC_Berlin_2015 feat. Bruce / Berlin / 2015

– Pour finir, ton top 5 musical ?

« Feeling good » / Nina Simone
« The world » / Charles Bradley
« Sabotage » / Beastie Boys
« Still D.R.E. » / Dr. Dre
« Don’t believe the hype » / Public Enemy

Mina Instagram

Interview # LIZA

Après une période de graffiti illégal au début des années 2000, puis une pause de quelques années, Liza a repris la discipline d’une manière plus posée et nous offre une peinture vive et colorée…

-nom : LIZA
-dates d’activité : 1999-2003 et 2009 à aujourd’hui
-crew : OMT
-âge: 31
-ville : Paris

Quand et Comment as-tu découvert le graffiti ?

Je me souviens que déjà toute jeune j’avais posé la question à ma mère : qui faisait ces tags dans la rue et comment ils arrivaient à aller dans les tunnels de métro ?
A l’époque dans mon quartier je voyais des JACKSON partout, je ne comprenais pas pourquoi le type écrivait JACKSON, peut-être qu’il était fan de Michael JACKSON comme moi….

Et puis, en entrant au lycée, j’ai rencontré un premier taggeur, et comme on était du même quartier, je voyais souvent de nouveaux tags à lui dans la rue. Ça m’éclatait de savoir que je connaissais la personne qui avait laissé là sa trace, qu’il était passé par ici juste avant moi, si l’encre était encore fraîche, et de pouvoir enfin comprendre qu’il y avait une signification à ces mots, ces noms, ces lettres qui désignaient des crews, connaitre les rapports entre ces crews, les toys, tout un langage secret qui s’éclairait à mes yeux. C’était comme un énorme réseau social juste avant l’apparition d’internet dans les foyers.
J’ai rapidement souhaité en savoir encore plus et suivre ces personnes dans leurs sorties nocturnes, sans me douter que j’allais moi-même passer naturellement à l’acte. Au départ c’était juste pour mieux comprendre, pour voir comment ils faisaient…

– Quand as-tu commencé? Comment, pourquoi le passage à l’action ? Dans quel état
d’esprit ?

A force de suivre mes potes tagueurs pendant leurs sorties, j’ai commencé à m’y mettre moi aussi, c ‘était plutôt pour m’occuper et arrêter de faire de la figuration. On me demandait toujours “tu veux poser?”, alors comme ça, j’ai dit oui. Et j’ai commencé à m’amuser moi aussi.
Et puis en réfléchissant, je me dis que si je suis rentrée dans ce milieu, c’était aussi pour échapper à une certaine solitude. Quand tu es ado et révolté, tu te sens plus fort en groupe forcément, et avec des personnes qui ont trouvé le moyen d’évacuer leur problèmes de cette manière. Tu trouves toujours un pote motivé à sortir quand tu n’arrives pas à dormir, et faire des conneries ensemble pour se prendre pour des warriors. Il y a un esprit de groupe fort, qui rassemble, qui rassure.
Naturellement, quand on veut échapper à la solitude, on ne se retrouve pas toujours bien accompagné. Avec le temps j’ai appris gérer ma colère, à m’entourer de bonnes personnes, à ne plus combler les problèmes existentiels par des actes irréfléchis.

– Que cherchais-tu à faire dans ce mode d’expression ? Tu le vois toujours de la même
manière ?

A ce moment-là je n’y voyais pas vraiment de signification, je n’avais aucune revendication, c’était juste un moyen de m’amuser et de me défouler. Aujourd’hui ça me défoule toujours, même si je ne prends plus de risques !

graffeuse-Liza-Thiais-2014 Thiais / 2014

graffeuse-Liza-Ivry-2012 Ivry / 2012

Liza-??-2011 Paris / 2011

– La 1ère bombe ou le 1er marqueur que tu as tenu en main, ton 1er tag / graff, tu t’en
souviens ? Dans quelle ville et sur quel support ?

On a tous commencé par faire un tag, pour moi c’était dans les rues de Paris, à la bombe rouge.
Le premier graff je m’en rappelle très bien, c’était sur la PC dans le 15eme, j’avais fait un LIZAONE tout rose et j’ai eu droit à mon premier compliment : pas mal pour une fille !

– Seule ? avec des gens ?

Plus on est de fous plus on rit ! J’ai toujours préféré intervenir en groupe, mais j‘aimais bien mettre des petits tags toute seule quand je me baladais, ou sur mes trajets….

– Comment as-tu choisi ton / tes nom(s) ?

En fait, j’ai cherché un nom, mais je n’en trouvais pas qui me plaisait. Je voulais un nom qui fasse féminin et j’avais pensé à Daisy, mais il y avait Dasy 1K et Desy, et comme je n’ai pas eu le temps d’y réfléchir longtemps, j’ai commencé à écrire mon prénom, faute de mieux. Je lui ai mis un Z pour le côté américain ! Donc, LIZA est resté, et s’est développé en Leeza, Lysa, Leaza, etc….

– As-tu gardé les photos de tes 1ers graffs ?

J’ai gardé les tirages des appareils jetables avec flash d’époque, mais malheureusement ils ne sont pas toujours de bonne qualité, surtout les photos de nuit !
Il y a aussi des photos perdues à jamais et celles que tu retrouves sur le net 10 ans après, ça fait tout drôle !

– Ton domaine de prédilection, les supports que tu préfères, type de mission….

Avant je t’aurais dit “train” sans hésiter. Aujourd’hui je ne fais plus de vandal donc ce n’est plus d’actualité. J’aime bien encore faire des camions, ou essayer de peindre des devantures même en légal juste histoire d’être dans la rue.
Mais le plus souvent, je peins dans des terrains tranquilles avec mes potes et si possible on ramène le barbecue et le son ! C’est ça pour moi maintenant une bonne session peinture: plein d’amis, plein de peinture, du soleil, une bonne bouffe, pas d’embrouille !

Liza-Montreuil-2014 Montreuil / 2014

Lisa-Stesi-StOuen-2014 St Ouen / 2014 feat. Stesi

– Ton champ d’action géographique ?

Ma ville, Paris, et alentours. Quand je voyage j’essaie de peindre avec des gens du coin aussi. Le graff c’est comme le sport, c’est fédérateur, si tu vas dans une ville où tu ne connais personne, va trouver un spot pour peindre et tu feras sûrement de bonnes connaissances !

– Dès que tu as commencé à graffer, ou plus tard, t’es-tu intéressée à l’histoire du graffiti ?

Oui, on se renseignait sur les anciens, les cartonneurs, les new-yorkais, il y avait peu de magazines et de vidéos et on était tous contents quand de nouveaux trucs sortaient, et de fil en aiguille on s’est fait une culture graffiti. Ensuite il y a eu des films comme “writers” où tu apprends les grandes lignes de 20 ans de graffiti en 1H30. Ça donne une idée, mais ce n’est pas “ l’histoire du graffiti”. Et je ne prétends pas en connaître toute l’histoire.

– Es-tu une carriériste du graffiti ? ou plutôt en temps partiel ?

J’ai fait une pause pendant plusieurs années pour éduquer mon fils, car je ne me voyais pas me faire arrêter et ne pas être la à l’heure pour biberon de 6h du mat’ !
Bref, j’avais l’impression que pour me poser il fallait que j’arrête le graff, le tag, mais au final je me suis ennuyée, donc j’ai repris, mais d’une façon plus cool, en prenant moins de risques pour protéger ceux que j’aime, et me sentir une bonne mère quand même.
Il y a eu d’autres périodes d’inactivités, que ce soit volontaire ou non.
Donc en temps partiel, active ou non, telle le volcan qui dort mais ne s’éteint pas!
En revanche pas carriériste du tout, dans la peinture comme dans la vie.

– Avec qui as-tu bougé dans ta carrière ? Les rencontres qui t’ont marquée

Dans les années 2000, il y a eu une période ou j’ai peint pas mal avec MOZE 156, c’était un peu une marque de fabrique, chaque fois que je disais mon blaze on me répondait “ah ouais ! les camions avec MOZE ! » . J’adorais le personnage et il m’a appris énormément. Grâce à lui j’ai fait des rencontres inopinées, et il me parlait beaucoup de l’ “histoire du graffiti “.
Un autre grand moment, c ‘est quand je suis rentrée TPS, crew inactif aujourd’hui, mais que j’admirais tellement à ce moment-là. Apprentissage intensif également, et je garde encore une influence énorme de cette période dans ma peinture (ASTRE, KIST, DOEZ, HELAS, SINDE).
Et plus récemment lors de mon retour à la peinture, ma rencontre avec ESTY des ODV m’a fait pratiquer une peinture légale mais plus travaillée, et j’ai eu l’occasion de peindre avec des artistes que je n’aurais sûrement pas rencontré autrement. Bonne période de progression et de franche rigolade ! (yo ESTY, ASTRO, KANOS, REV, SHANE)
Aujourd’hui je peins principalement avec mon crew OMT et je suis très bien entourée, je me sens très chanceuse d’avoir une équipe comme celle-là, il y a des personnes qui vivent de leur peinture aussi bien que d’autres qui prennent cela comme un loisir, d’autres qui sont plus ou moins actifs, mais aucun ne se prend au sérieux, on rigole bien, et c’est avant tout une belle bande de potes (dédicace à eux: BORE, TANK, SINDE, KATRE, TARO, TWOPY, METRO, HARIBO, POLUX, CASM, OXEBO, DELIS, GERZ, WEDZ, DELIRZ, NEXTY, XABY, et ceux que j’ai oublié, le TER crew également, BIG UP!)

Liza-Moze-Sydne-Paris-2002 Paris / 2002 feat. Moze & Sydne

graffeuse-liza-Reims2002 Reims / 2002

– Comment définis-tu ton style ? Qui/quoi t’inspire, t’a inspirée ?

J’aime bien les lettres cassées, déstructurées, simples mais stylisées. J’ai un style naÏf, géométrique, simple. J’essaie de donner un mouvement à mes lettrages sans utiliser trop d’artifices.
J’ai été fortement inspirée à l’époque par les styles à la FMK, 1K, SDK, LT27, SWC… ce sont les styles qui m’ont fait aimer le graff, mais je ne prétends pas en avoir le niveau.
Comme je te disais plus haut ma période TPS est toujours là, elle a évolué, mais je n’arrive pas à m’en détacher.
Je me sens bien là-dedans car j’aime travailler la lettre, mais en tant que fille je n’ai pas envie de copier les effets galactiques wildstyle interstellaire des graffeurs au top du moment, j’essaie de développer mon truc plus personnel et féminin …sans tomber dans le cliché !

– As-tu des thèmes récurrents, des associations de couleurs préférées etc….

Je peins pour apporter de la joie à celui qui regarde, donc thème de couleurs gaies, souvent du rose (en tant que fille je peux en abuser ! ), toujours des bulles, des nuages, des cercles, de la rondeur…des formes géométriques, aplats, simplicité, gaité, pas d’agressivité. Même si l’acte est impulsif et agressif à la base, ce que je veux, c’est susciter des sourires. Un peu de douceur dans ce monde de brutes !

graffeuse-Liza-Malakoff-2015 Malakoff / 2015

graffeuse-Liza-Paris-2011 Paris / 2011

– Comment vois-tu le graffiti dans son essence même ? (l’acte de graffer/taguer, le style, le
graffiti en tant qu’art ou pas, dans la société….)

Vaste question ! L’acte de taguer est un acte millénaire qu’on n’a pas inventé, depuis l’homme des cavernes l’Homme a eu besoin d’affirmer son existence par le fait d’écrire sur les murs!
Le message est percutant et tu peux crier ce que tu veux à la planète si tu le souhaites (je pense à KIDULT, ZEUS etc ). C ‘est une des rares formes d’expression “libre” qu’il nous reste, même si elle reste illégale !
Chacun son message…
Maintenant, tous les mouvements intéressants et innovants sont toujours récupérés, et le passage de la rue à la galerie est logique si on y réfléchit. A l’époque de nos parents, le rock était une musique très rebelle qui est complétement rentrée dans les moeurs d’aujourd’hui, hé bien le hip hop et le graffiti c’est pareil.
Regarde Basquiat et Haring, de la rue à la galerie, il n’y a qu’un pas. Cependant les gens ont encore du mal à considérer le graff comme de l’art (je parle de la lettre). Ils préfèrent largement voir des visages ou des chats en pochoir sur leur façades d’immeubles et dans leur intérieurs que des graffs et des tags. Donc il y a encore une part d’underground. Et tant mieux si certains ont su tirer leur épingle du jeu, moi je ne dirais pas non si on me proposait de vivre de ma peinture et d’être payée des milliers pour faire des toiles ! Déjà Warhol s’amusait du rapport art / consommation.
En ce moment , c’est juste un peu la foire sur le marché de l’art, mais ça ne fait que commencer, il faudra quelques années pour que les artistes soient mieux classifiés, évalués ….

– Tu peins également sur toile, c’est une recherche de reconnaissance en tant qu’artiste ?

J’ai commencé à peindre sur toile car on m ‘avait proposé d’exposer. A cette occasion j’ai découvert un nouveau support, pas facile à appréhender. Je me suis cherchée dans cet exercice, et puis finalement j’ai commencé à reproduire des phases de mes toiles sur les murs et cela a fait évoluer ma façon de peindre. Maintenant les deux sont devenus complémentaires.
Je ne fais pas ça pour la reconnaissance, et puis c’est quoi au juste la reconnaissance?
C’est juste que ça me plaît, parfois ça arrondit les fins de mois, et bien sûr que si je pouvais vivre entièrement de la peinture je préférerais cela que d’aller charbonner pour je ne sais quelle entreprise corporate à la con !

– Le graff ou tag dont tu es la plus fière ?

Je ne suis jamais vraiment fière de ce que je fais. Je vois toujours le petit truc qui ne va pas et ce que j’aurais pu faire de mieux. J’ai du mal à être contente de moi.
…je n’arrive pas répondre à cette question !

– Certaines graffeuses t’intéressent ? (tous pays, supports confondus) oui, non, pourquoi

Oui bien sûr ! C’est une source de motivation aussi !
J’aime beaucoup ce que fait l’allemande MAD C, avec ses surfaces impressionnantes et ses lettrages qui n’ont rien à envier aux meilleurs graffeurs !
J’aime aussi le travail de KLOR des 123 KLAN, très graphique, coloré, et un super niveau de dessin de la lettre.
Et impossible de passer à côté de l’américaine UTAH qui a tout défoncé dans le monde entier !
J’étais fan des SDK et FANCY m’a marquée aussi avec ses styles efficaces sur trains.
En France, il y a aussi LADY K qui est non seulement une bonne graffeuse vandale mais aussi une artiste complète.
Dernièrement j’aime bien aussi MISS PÖ qui est pas mal active vers chez moi en vandal, avec un style rond et rigolo qui ne cherche pas à imiter les hommes.

– Des regrets ?

Il ne faut pas avoir de regrets mais je regrette un peu de m’être éloignée du graffiti pendant quelques années. Je pensais que le graff m’apporterait des ennuis et de l’instabilité (ce qui peut être vrai), mais il m’a surtout apporté de l’épanouissement et de belles rencontres. Si c’était à refaire, je referais tout, sans la période de pause certainement.

– Des mauvaises expériences ?

Evidemment, quand tu fais du graff, surtout en vandal, tu ne traînes pas aux meilleures heures de la journée dans les meilleurs endroits…. Donc il peut y avoir des mauvaises rencontres ou des situations désagréables. J’ai eu quelques frayeurs en rentrant seule la nuit à pieds ou en allant en repérage dans des endroits paumés…Mais rien de grave heureusement. Ce n’est qu’aujourd’hui avec le recul que je me dis que j’ai eu de la chance car j’ai pris des risques inutiles parfois. Il y a eu certains graffeurs mal intentionnés aussi, mais heureusement j’ai toujours réussi à me dépatouiller des situations embarrassantes. Comme je t’ai dit plus haut avec le temps j’ai aussi appris à m’entourer des bonnes personnes.

– Puisqu’on parle principalement d’une discipline illégale, le vol est-il une pratique que tu
connais, ou pas ?

J’ai volé plus de fringues et de make-up que de bombes, ça c’est sûr !
A croire que je préférais mettre mon argent dans la peinture…

– As-tu d’autres occupations, intérêts, auxquels tu consacres du temps régulièrement ?

Oui, mais rien à voir avec le graff, je pratique le yoga et la plongée sous-marine, par périodes, j’adore voyager aussi.

– Tu peins toujours ? Si non, comment se passe ta vie sans le graffiti ?

J’ai survécu à la vie sans peinture, mais au bout d’un moment je me suis ennuyée! Je regardais les trucs des autres avec frustration. Pas facile de vivre sans passion! Après quelques années d’absence,je me rappelle du jour ou je suis allée voir mon ami BORE et que je lui ai dit : “putain, je me fais chier dans ma vie, il faut que je reprenne la peinture !!“ Et là, c’était reparti. Depuis, je fais mon possible pour peindre aussi souvent que je peux, mais sans le côté vandal,ce qui me manque beaucoup je l’avoue.

– Expériences de garde à vue ?

Il y a eu quelques serrages, mais à chaque fois que les flics tombaient sur moi ils étaient toujours décontenancés et ne savaient pas trop quoi faire de moi. D’autant plus que j’étais mineure. Avec un peu de tchatche et une bonne part de chance, j’ai toujours réussi à éviter la GAV, les menottes, même s’ils m’ont fait poireauter des heures avant de sortir du commico et que j’ai eu droit à de bonnes leçons de morale.
Un soir ils m’ont même raccompagnée à la maison en voiture .
J’ai quand même eu le droit à un passage devant le juge des mineurs accompagnée de ma maman et j’avoue que je faisais pas la fière vis-à-vis de ma mère.
Aujourd’hui je ne peux pas me permettre de me faire arrêter en pleine nuit, ou bien avoir à payer des amendes au lieu de garder des sous pour mon fils, donc bien obligée de faire autrement.

– Et en tant que maman, comment présentes-tu cette passion à ton fils ?

Comme je le vis maintenant c ‘est-à-dire plutôt comme un loisir! Il vient souvent avec moi sur les terrains, il fait aussi son petit graff à côté…Il ne voit pas vraiment le côté vandal.
Cela m’arrive encore de faire des tags dans la rue, et c’est arrivé qu’il tombe dessus, il n’aime pas ça, que maman fasse des bêtises… on en rit et on passe à autre chose !

– Tu dessines beaucoup ? as-tu besoin de dessin sous les yeux quand tu peins ?

Je dessine par périodes. Parfois je répète le même lettrage pendant des mois en faisant juste quelques variations, parfois je change systématiquement de lettrage.
J’ai besoin d’un dessin sous les yeux quand je suis dans la période “jamais 2 fois le même”. Sinon j’oublie ce que je voulais faire et je pars sur autre chose !
graffeuse-Liza-Ivry-2014 Ivry / 2014

– Ton top 5 en chansons / musiques

Trop dur !

« That’s my people » / NTM
« Affirmative action » / NAS
« Truth and rights » / Johnny Osbourne
« After laughter » / Wendy Rene
« Let’s stay together » / Al Green

– Une pièce que tu as vue et qui t’a marquée (en vrai ou en photo)

La station Louvre-Rivoli. Les 2 fois ! Je l’ai vue aux infos quand j’étais petite, puis revue en photo plus tard. Celle-là, vraiment, elle a fait couler de l’encre ! Mythique !

– Tu suis l’actualité, l’évolution du graffiti dans ta ville, ou même en France ? De quelle
manière ? Des graffeurs, graffeuses actuel(le)s que tu as retenus ?

Je ne sais pas si on peut dire que je suis l’évolution, mais je vois ce que font les autres par le biais des fresques collectives, festivals etc… je regarde un peu les magazines, les bouquins qui sortent…et les rues de Paris !
Les graffeurs sont de plus en plus forts ils ont des niveaux qui font mal à la tête !
Difficile de n’en citer que quelques uns mais je vais essayer de me prêter à l’exercice, sans vouloir faire de pub ou être discriminative envers d’autres qui sont tout aussi bons et légitimes.
Pour ne parler que de la France de ces dernières années, ceux que j’ai retenus parmi les meilleurs en fresques sont les les Ghetto Farceur et The Bullshitters.
Pour la rue, je dirais les PAL, qui nous en mettent plein la vue depuis quelques années avec des styles complétement fous !
Côté trains, je reste fidèle à mes goûts de toujours, OPAK étant encore dans mon top 5 des meilleurs graffeurs de trains.

Moi à côté je ne fais que figure d’amateur !

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Interview # BICOK

Interview plutôt condensée pour Bicok qui préfère s’exprimer en peinture…

– nom : Bicok
– dates d’activité : depuis 2001
– crew : OPC
– âge: 29 ans
– ville : Sud-Ouest

– Quand et Comment as-tu découvert le graffiti ?

C’était en 2001, je rentrais au lycée international de Sèvres en arts appliqués.
 Je devais prendre le train pour y aller, je partais de la gare des Vallées ou il y avait beaucoup de tag des VMD, très présents dans mon quartier, pour aller à Sèvres ville d’Avray, il y en avait pour 45 minutes de trajet, sur le chemin les murs étaient remplis de graffitis et de tags, j’essayais de les déchiffrer, à force je les connaissais par coeur. Cette habitude est restée où que je sois.

– Quand as-tu commencé? Comment, pourquoi le passage à l’action ? Dans quel état d’esprit ?

Donc en 2001, au cours de ma première année de lycée, en seconde, je suis arrivée dans une classe où il y avait 3 graffeurs donc rapidement j’ai eu envie de faire des tags, au début sur des feuilles, les tables en bois du bahut etc, mais à ce moment là j’avais pas vraiment de blaze, et puis je trouvais ce que faisais assez moche ! 
Ensuite j’ai rencontré une très bonne amie, qui a été ma meilleure acolyte, on s’est bien trouvées, elle habitait à Bécon les Bruyères à une station de chez moi, on se rejoignait pour faire le trajet ensemble, et on a commencé à taguer les intérieurs des trains. Elle m’a présenté des copines, Pin’up et miss Lou, et on a monté un crew (de filles uniquement), les DQV, qui n’existe plus. On était dans l’euphorie de l’adolescence, je me souviens qu’une fois on prenait le train pour rentrer du lycée et sur le quai d’en face il y avait des flics, on a tagué les vitres juste en face d’eux pour les narguer ! Peu de temps après je me suis faite arrêter pour la première fois, dans le wagon de service du vieux train de la L (mon préférée d’ailleurs), j’étais mineure, j’ai dû attendre que ma mère vienne me chercher au commissariat de la Défense, elle ne m’a pas engueulée, elle n’a jamais vraiment aimé les flics…

graffeuse-bicok-vincennes-2011Vincennes / 2011

graffeuse-bicok-aubervilliers-2012Aubervilliers / 2012

– Que cherchais-tu à faire dans ce mode d’expression ? Tu le vois toujours de la même manière ?

À ce moment là avec les cours d’arts appliqués on nous demandait toujours d’avoir une démarche construite et justifiée, le graffiti, c’était le défouloir ! Et aujourd’hui, ça l’est toujours mais je me rends compte que c’est un mode d’expression très efficace, j’aime bien l’effet que ça a sur les gens, ça les choque, et puis ce questionnement et cette curiosité autour du vandalisme, je trouve ça vraiment intéressant parce-que souvent il y a quand même un profil type, les personnes que j’ai eu l’occasion d’aborder de manière conflictuelle suite à une action vandale, ont le même genre d’arguments pourris et stériles. Je n’ai jamais voulu plaire à tout le monde, j’ai des idées politiques très encrées et le graff fait partie de ma démarche personnelle de rebellion même si il faut avouer que j’ai encore pas mal de chemin a parcourir pour ne pas trop culpabiliser de faire partie de cette société.

– La 1ère bombe ou le 1er marqueur que tu as tenu en main, ton 1er tag / graff, tu t’en souviens ? Dans quelle ville et sur quel support ?

Mon 1er marqueur c’était un « On the run », je l’ai gardé super longtemps. Mon premier graff c’était a Paris sur les murs de la petite ceinture, vers Balard, avec mes copines.

– Seule ? avec des gens ?

Très rarement en solo, je suis pas vraiment une solitaire ceux qui me connaissent, le savent bien, j’ai rencontré beaucoup de monde il n’y pas que de bonnes rencontres mais la plupart sont inoubliables, comme les OPC dont je fais actuellement partie, pour certains ce sont des frères que je n’oublierai jamais peut importe la distance et le temps.

– Comment as-tu choisi ton nom ?

Bicok, ça vient de bicoque, ça me correspond assez bien dans le fait que je suis assez casanière, mais surtout, les lettres, elles me plaisent et aucune ne me pose de difficulté ! Ce blaze me va a merveille.

– Ton domaine de prédilection, les supports que tu préfères ?

Ça dépend du moment, j’aimais beaucoup la rue lorsque j’habitais dans le 20ème j’aimais les peintures sur la PC et les petits terrains autour de Ménilmontant avec les copains, les tags sur le chemin de la maison.
Et puis il y a les trains qui en matière d’adrénaline sont le support qui offre le plus de satisfaction (aussi les métros quand on est pas trop clostro), j’aime bien l’ambiance à la fois calme et tendue des dépôts, les longs silences a guetter attentivement le bon moment… la photo à la fin pour moi c’est juste une façon de me souvenir de ces moments là et si la photo est belle c’est encore plus satisfaisant !

graffeuse-bicok--rome-2011 Rome / 2011

graffeuse-bicok-rome-2011Rome / 2011

– Ton champ d’action géographique ?

Paris et sa banlieue pour la plus grande partie et puis un petit trip à Bruxelles une fois et deux séjours à Rome où j’ai de très bons contacts dont une amie (FRIKA) avec qui j’ai des souvenirs.

– Dès que tu as commencé à graffer, ou plus tard, t’es-tu intéressée à l’histoire du graffiti ?

J’ai acheté beaucoup de magazines (que j’ai toujours!), quelques livres aussi mais on ne peut pas vraiment dire que je suis une experte, je m’y intéresse c’est sûr mais je ne suis pas une maniaque de l’histoire du graff.

– Es-tu une carriériste du graffiti ? ou plutôt en temps partiel ?

J’ai eu une période d’environ 4 ans assez intense, mais en ce moment je suis plutôt en congé, j’espère repeindre bientôt : c’est au programme en tout cas.

– Avec qui as-tu bougé dans ta carrière ? Les rencontres qui t’ont marquée…

2 blazes me viennent a l’esprit instantanément, c’est NAWAK et YOKE, bien sûr ce ne sont pas les seuls 
à avoir marqué mes souvenirs de graffeuse, je me dois de faire une dédicace a SAME, REX, ONEA, ZAEK, ALFE, PLANE, TORKE, SHOOK, FRIKA, sans oublier tous les membres de mon crew et les compagnons de voyage…

– As-tu des thèmes récurrents, des associations de couleurs préférées ?

Je n’aime pas trop les 3D, je suis plutôt 2D ombre portée et délire oldschool, j’aime bien que ça soit simple et efficace. Et pour l’anecdote j’oublie souvent les dédicaces parce que je suis TRÈS tête en l’air !

graffeuse-bicok-paris2011

graffeuse-bicok-paris-2011


- Comment vois-tu le graffiti dans son essence même ? (l’acte de graffer/taguer, le style, le graffiti en tant qu’art ou pas, dans la société….)

Je pense qu’on peut parler d’art, le mouvement est tellement répandu et reconnu.
 On laisse une vraie trace dans la société, qu’on le veuille ou non et peu importe l’implication, les graffeurs interagissent avec le paysage urbain continuellement.

– Le graff ou tag dont tu es la plus fière ?

Le top to bottom DIANA ROSS que je n’ai jamais fini parce-que la Police Ferroviaire nous est tombée dessus, celui la si j’avais pu le finr !!! Je me suis bien arrachée les poumons ce jour-là pour m’en sortir ! 


graffeuse-bicok-rome--2010 Rome / 2010

graffeuse-bicok-rome-2010Rome / 2010

– Certaines graffeuses t’intéressent ? (tous pays, supports confondus)

Oui, et je me découvre une grande solidarité féminine que je n’avais pas avant, ça me donne envie d’aller à la rencontre de ces filles qui ont cette même passion un peu atypique et étrange aux yeux des autres.

– Des regrets ?

De ne pas en avoir fait plus !

– Tu peins toujours ? si non, comment se passe ta vie sans le graffiti ?

Ça fait quelque temps que je ne suis pas allée peindre et ça me manque (euphémisme) mais je dessine tout le temps je crée des trucs j’occupe mes mains. Mais plus que d’aller peindre j’aimerais m’investir maintenant dans la vie associative et être en accord avec les valeurs que je partage.

– Expériences de garde à vue ?

Quelques arrestations oui, mais toujours sans suite ou très peu : il y a eu cette nuit où je me suis fait arrêter sur un métro avec S. , j’ai pas mal couru ce jour là, un coup dans un sens un coup dans l’autre, j’ai pas pu faire mieux je m’étais tordu la cheville ou un truc dans le genre un peu plus tôt et du coup, allez hop tout le monde au poste direction GDN (le poste de Gare du Nord), ma première et dernière fois là-bas, la nuit passée sur le banc fut un peu longue, et les heures qui suivirent aussi, ça s’est terminé par une amende.


– Tu dessines beaucoup ? as-tu besoin de dessin sous les yeux quand tu peins ?

Je dessine beaucoup mais devant un mur j’aime bien le freestyle, des fois je prends une petite esquisse de lettrage pour me guider mais rarement plus.

– Ton top 5 en chansons ?


Un petit top 5 de sons qui me rappellent des gens ou des moments partagés :

« Souvenirs » / Oxmo Puccino
« One syllable » / Reverie
« Lose your life » / The Alchemist
« Apprends à t’taire » / Casey
« Un soir comme un autre » / La Rumeur


- tu suis l’actualité, l’évolution du graffiti dans ta ville, ou même en France ? De quelle manière ? Des graffeurs, graffeuses actuel(le)s que tu as retenus ?

Oui je garde un oeil sur les mecs de mon crew, toujours, et j’habite dans le Sud Ouest vers Biarritz, il y a les TER, qui ne laissent pas beaucoup de place a la concurrence !

graffeuse-bicok-biscarosse-2014- Biscarosse / 2014

graffeuse-bicok-biscarosse-2014Biscarosse / 2014

Interview # WÜNA

Wüna maîtrise aussi bien les lettres que les personnages, interview marquée par un esprit hip-hop positif…

– nom : Wüna
– dates d’activité : depuis 2001
– crew(s) : NTC, SGX, CMK, FPC
– âge : 27 ans
– villes : Montréal / Toulouse

– Quand et comment as-tu découvert le graffiti ?

Le tout premier sketch graffiti que j’ai fait, j’avais 9ans, je l’ai retrouvé il n’y a pas longtemps en fouillant dans mes archives. Mais à l’époque je ne devais pas vraiment comprendre ce que je faisais, j’avais dû voir des graffs seulement à la TV, car je viens d’un petit bled où à ce moment-là il n’y en avait nulle part, mais en tout cas ça avait dû me marquer.
C’est en 2001 que j’ai commencé à sérieusement m’intéresser au graffiti, vers l’âge de 13-14ans. Je trainais beaucoup dans le skate parc de ma ville d’origine car j’y faisais du roller, c’était un des seuls endroits où il y avait des graffs. Il y avait un côté mystérieux là dedans, mais c’était un truc qui me parlait vraiment, je me reconnaissais complètement dans cette forme d’expression. J’allais aussi de temps en temps me promener à Toulouse (qui était la grande ville la plus proche de chez moi) et c’est comme ça que j’ai découvert les travaux de la Trueskool, et de Fafi et Miss Van qui étaient très actifs à ce moment-là. Leur travail a été une vraie révélation pour moi.

– Quand as-tu commencé ? Comment, pourquoi le passage à l’action ? Dans quel état d’esprit ?

C’est en 2001 que j’ai su que le graffiti ça allait être mon truc. Je me suis mise à sketcher sévère sans vraiment savoir où et comment j’allais commencer à utiliser les bombes, mais je savais que j’allais m’y mettre à un moment donné… Je n’avais pas forcément d’idée en tête, j’avais vu des graffs et ça me parlait, je voulais faire pareil, c’est tout. Vandale ou légal je ne me posais pas trop la question. Finalement j’ai pris les bombes en 2002, mais sans peindre régulièrement. En 2004 je me suis innocemment incrustée à une jam dans ma région, et c’est là que j’ai rencontré les gars du FPC crew qui, au lieu de me snober comme l’auraient fait n’importe qui en voyant débarquer une gamine de 17 ans, ont été super cools avec moi et m’ont fait rentrer dans leur équipe. Ça m’a permis de découvrir un peu plus en détail le milieu du graffiti, parce-que comme jusqu’à présent je peignais seule j’étais un peu déconnectée du milieu, tous ce que je connaissais je l’avais appris à travers les magazines ou les photos sur le net. Vner2 me parlait de tel ou tel crew actif à l’époque, de tel ou tel mec qui c’était fait défoncer parce qu’il avait repassé un tel, des marques de bombes, des types de caps, tout ça… Je pigeais vraiment que dalle à ce qu’il me racontait, mais je faisais style de comprendre en faisant « oui oui » avec la tête pour ne pas passer pour une demeurée et garder mon peu de crédibilité…
C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à être plus active. 2 ans plus tard je me suis installée à Toulouse et là les connexions et les peintures se sont multipliées…

– Que cherchais-tu à faire dans ce mode d’expression ? Tu le vois toujours de la même manière ?

Honnêtement je ne savais pas trop ce que je cherchais en faisant ça, c’était juste un gros kiff, j’en prenais plein la vue en voyant des graffs et je voulais faire pareil. Maintenant c’est toujours un peu la même chose, j’aime me dépasser en essayant de faire toujours mieux, j’aime le travail de la lettre, les couleurs, le flow, les persos et il y a tellement de styles et de possibilités d’innover que je ne me lasse jamais.
Ce qui me plaît aussi vraiment dans le graffiti c’est son côté collectif, j’aime rencontrer des gens (enfin des graffeurs, pas le monsieur et madame tout le monde qui viennent te saouler pendant que tu peins et te posent pleins de questions… même si ça part d’un bon sentiment c’est un peu chiant…), me poser sur un mur avec des potes, me marrer et passer du bon temps… C’est pour ça que j’ai toujours été plus attirée par la fresque que par le vandale même si j’en ai fait un peu. J’aime prendre mon temps, faire des grosses pièces, discuter avec mes potes… l’adrénaline n’a jamais été mon moteur.

graffeuse-wuna-toulouse-2010 Toulouse / 2010
graffeuse-wuna-rennes-2012 Rennes / 2012

– La 1ère bombe ou le 1er marqueur que tu as tenu en main, ton 1er tag / graff, tu t’en souviens ? Dans quel endroit et sur quel support ?

Je ne me rappelle plus vraiment des premiers tags, mais ils devaient être très laids… Par contre mon 1er graff je m’en souviens très bien. Je sortais du lycée, c’était un mercredi après-midi, je suis allée au skate parc de ma ville avec quelques sprays et j’ai fait un genre de flop violet avec des points blancs… Immonde… J’ai passé au moins 5 ou 6 canettes pour un tout petit truc, ça coulait de partout, mais à force de retailler j’ai fini par faire un truc pas trop sale. Je me rappelle que pendant que je galérais je me disais « mais pourquoi je me suis lancée là-dedans, c’est trop laid, pourvu que personne me voie ! », mais quand je l’ai terminé j’ai ressenti une sorte de fierté, c’était le début d’une longue série…

– Seule ? avec des gens ?

Les 1ers je les ai faits seule, mais j’ai vite rencontré des gens et par la suite j’ai plus souvent peint accompagnée. Puis comme je peignais avec des gens plus forts que moi ça me tirait un peu vers le haut et ça m’a beaucoup motivée.

– Comment as-tu choisi ton nom ?

Je ne sais plus trop comment ça m’est venu, je suis passé par plusieurs blazes quand j’ai commencé à crayonner, puis j’ai trouvé Wüna peu avant de toucher mes 1ères sprays. C’est un blaze un peu chelou qui ne veut rien dire, et avec une consonance un peu féminine donc j’avais moins de chance qu’on me le pique. Je ne l’ai jamais changé, car il correspond à la période où je suis vraiment entrée dans la culture Hip Hop, j’ai donc une sorte d’affection pour lui.

– As-tu gardé les photos de tes 1ers graffs ?

Oui je les ai quasiment toutes… j’ai même le 1er! Le moche que j’ai fait dans le skate parc !

– Ton domaine de prédilection, les supports que tu préfères ?

Je suis plus terrain, car j’aime la tranquillité, niveau support j’aime vraiment tout, mais plus c’est lisse mieux c’est. J’avoue que j’aime aussi beaucoup les frets, c’est grand, c’est lisse et ça se déplace, c’est un support parfait.

– Ton champ d’action géographique ?

Le monde! Pas de frontières…
J’adore aller peindre dans d’autres villes et d’autres pays, ça permet de rencontrer de nouvelles personnes qui te font découvrir de nouveaux spots. Et tu te rends compte que le graffiti c’est vraiment un mouvement universel, même à l’autre bout du monde tu trouveras toujours des gens qui ont la même passion que toi et, même si la culture et la langue sont différentes, on a souvent les mêmes références et on peut toujours se comprendre au travers ce langage commun.

– Quels pays as-tu visités, ceux qui t’ont marquée le plus ?

Italie, Espagne, Allemagne, Belgique, Etats-Unis, Maroc, Tunisie, Canada, Cuba, Portugal, Turquie, Angleterre, Pays-bas … Il n’y a pas un pays qui m’a marquée plus que les autree. Chaque pays a du bon et du moins bon, mais franchement en Europe on est pas mal lotis, on n’a vraiment pas à rougir de notre niveau ! J’aimerais aussi bien faire un tour en Amérique Latine parce que le style a l’air d’y être bien différent du nôtre et bien fou aussi…

– Dès que tu as commencé à graffer, ou plus tard, t’es-tu intéressée à l’histoire du graffiti ?

Oui et même plus généralement à toute l’histoire du Hip Hop, ça me paraît indissociable, même si chaque élément de cette culture à son propre chemin… Quand suis tombée amoureuse du graffiti je suis aussi tombée amoureuse de toute la culture qui gravite autour, d’ailleurs je voulais toucher à toutes les disciplines car pour moi c’était un tout. J’ai donc cherché à m’informer sur toutes les branches de cette culture. C’était le début d’internet donc j’ai trouvé mes premières infos grâce à ça (j’avais pas l’adsl à l’époque donc pour charger une page ou une photo il fallait 5 minutes), puis j’ai farfouillé dans toutes les librairies et les bibliothèques de ma ville à la recherche de la moindre info, du moindre article, du moindre magazine… J’étais à fond, plus que maintenant… aujourd’hui il y a trop de monde, trop de gens qui déchirent, ça va trop vite je ne suis plus vraiment à la page…

– Es-tu une carriériste du graffiti ? ou plutôt en temps partiel ?

Je peux être carriériste mais pas en continu. Il y a des périodes où je peins plus ou moins régulièrement, mais depuis que j’ai commencé à devenir active dans ce domaine je pense que je n’ai jamais passé plus de 2 ou 3 mois sans peindre. Faut dire que je ne fais quasiment plus que du terrain, c’est donc, je pense, plus facile de rester active sur la durée.

graffeuse-wuna-toulouse-20141 Toulouse / 2014

– Avec qui as-tu bougé dans ta carrière ? Les rencontres qui t’ont marquées…

Mes premières rencontres dans le graffiti c’était avec les gars du FPC, c’est avec eux que j’ai fait mes premières armes. C’est aussi comme ça que j’ai rencontré Apashe avec qui j’ai énormément bougé et peint en France et à l’étranger, ce qui a indéniablement influencé mon parcours.
En m’installant à Toulouse j’ai rencontré Riwa, Miss Hope et Forma avec qui j’ai monté le Sistaz GraffiX Crew, créer un crew de fille c’était mon rêve depuis mes débuts. Avec Riwa on allait souvent peindre en sortant de la fac, c’était une super époque. Puis j’ai rencontré tous les gars du NTC crew qu’on a fondé en 2010 pour se marrer et qui dure encore aujourd’hui, j’espère que ça continuera encore longtemps. C’est avec eux que j’ai tapé mes plus gros délires, et fait mes plus grosses fresques (et mes plus gros apéros).
Puis ma rencontre avec l’équipe des CMK de Chicago lors du Meeting of Styles a été aussi un moment marquant pour moi.
Mais franchement, quasiment toutes mes rencontres m’ont marquées, j’ai rencontré plein de gens cools (et quelques connards aussi) que je n’oublierai pas.

– Comment définis-tu ton style ? Qui/quoi t’inspire, t’a inspirée ?

J’avais pas vraiment l’impression d’avoir un style jusqu’à il n’y a pas longtemps. Là je commence petit à petit à trouver ce que j’aime et le style que je veux développer.
J’aime le wild avec du flow, les throw up et les ptits persos 2D, avec une attitude B-boy / B-girl.
J’ai commencé le graffiti en faisant des persos mais je me suis rapidement mise à la lettre, car pour moi c’est vraiment essentiel, c’est la base. Je voulais être la plus complète possible, ne pas me contenter d’être encore une meuf qui ne dessine que des meufs (même si je trouve ça très bien les filles qui font ça). Avant je kiffais faire des persos réalistes, mais je m’en suis un peu lassée, déjà j’avais pas du tout de prédilection pour ça… puis y a des mecs qui sortent d’écoles d’art et qui feront toujours mieux de toute façon. Je préfère créer mes petits persos en 2D ou en semi-réaliste plutôt que de faire de la reproduction qui laisse moins de liberté.
Côté inspiration on peut dire que ma danse (le breakdance) et la culture Hip Hop influencent énormément mon style…
La calligraphie arabe est aussi quelque chose qui m’inspire beaucoup, j’aime le flow et la spiritualité qui se dégage des lettres même si je n’y comprends absolument rien.
Les voyages et les autres cultures sont aussi une source inépuisable d’inspiration. J’aime faire des recherches, voir ce qui se fait dans d’autres communautés, d’autres cultures… (Mais les cultures amérindiennes sont celles qui m’intéressent le plus).

graffeuse-wuna-montreal-2013 Montréal / 2013
graffeuse-wuna-ottawa-2014 Ottawa / 2014

– As-tu des thèmes récurrents, des associations de couleurs préférées ?

Mes deux couleurs de prédilection sont le gris et le bleu turquoise, c’est simple et efficace, et avec le temps c’est un peu devenu mon code couleur. Mais je ne me cantonne pas seulement à ça, j’aime toutes les couleurs et j’aime varier.
Puis mes thèmes récurrents sont ceux qui tournent autour de la culture Hip Hop. Ce n’est pas du tout original je sais, mais c’est ce que j’aime et c’est ce qui me parle. Bon ça ne veut pas dire que je ne peux pas m’adapter a un autre thème, c’est quand même important de s’ouvrir un peu de temps en temps .

– Comment vois-tu le graffiti dans son essence même ? (l’acte de graffer/taguer, le style, le graffiti en tant qu’art ou pas, dans la société….)

Je ne me suis jamais trop posé la question, pour moi c’est juste un gros kiff, quelque chose de naturel. Je ne fais pas ça pour faire passer un message ou pour que ça plaise aux gens. Si ça peut brûler des rétines et faire kiffer tant mieux, mais sinon c’est pas grave, je cherche juste à passer du bon temps et faire ce que j’aime. Je me fiche totalement que le graffiti soit considéré comme un art ou qu’il soit accepté par la société, si il l’est c’est bien, si il ne l’est pas ça ne changera rien pour moi. Ce que pensent les autres j’en ai jamais rien eu à foutre et c’est pas ça qui m’empêchera de peindre.
Le graff devient un business et je trouve ça un peu désolant, mais en même temps c’est une juste évolution, et si ça peut permettre à certains graffeurs de manger et de faire un travail qui leur plaît tant mieux. Personnellement je n’aime pas les contraintes, ça peut m’arriver de faire des commandes payées, mais je n’accepte que celles qui m’intéressent vraiment, celles où je vais pouvoir faire un peu ce que je veux … Parce que si c’est pour se faire chier a peindre un truc qui nous plait pas je vois pas du tout l’intérêt. Puis déjà, à partir du moment où c’est une commande je ne vois plus ça comme du graffiti, ça devient juste de la peinture, c’est comme faire une toile quoi, c’est cool je dis pas le contraire, mais c’est une démarche différente du graff. Le plaisir n’est pas le même.

– Tu as une vision très positive du graffiti, tu parles de langage universel, de valeurs, de se faire plaisir. Les filles que j’ai interviewées précédemment considèrent cette discipline comme un refus de la normalité, un certain anticonformisme…

Je ne pense pas que ce soit contradictoire, même beaucoup de graffeuses considèrent le graff comme un refus de la normalité elles y trouvent du plaisir, enfin j’espère parce que sinon je vois pas l’intérêt de continuer… Après pour tout te dire ce refus de la normalité et cette idée d’anticonformisme sont également des choses qui m’ont attirée vers le graffiti, je n’aurais peut être pas commencé à peindre si le graff était une activité pratiquée par tout le monde… sauf qu’aujourd’hui force est de constater que même si ça reste une pratique un peu marginale elle ne l’est plus totalement… Tu vas dans n’importe quelle région de France il y a des graffeurs, et à l’autre bout de l’Atlantique aussi. Les graffeurs sont de plus en plus nombreux que ce soit dans l’aspect légal ou vandale, et le graff est tellement plus médiatisé que j’ai pas l’impression que c’est toujours aussi anticonformiste que ça l’a été…

Par contre même si je parle de langage universel je ne crois pas vraiment aux « valeurs universelles » dans le sens où je pense qu’il y a autant de valeurs et de visions du graff qu’il y a de graffeurs… et ma vision n’est pas idyllique non plus, loin de là… Il y a pleins de d’aspects qui me saoulent notamment dans la communauté (par exemple les concours de couilles, les problèmes d’égo, ceux qui se la racontent trop et qui s’inventent des vies alors qu’ils ne font rien, les starlettes…) mais j’essaye de ne pas perdre mon temps avec ça, je préfère me focaliser sur les aspects du graff et surtout les gens qui me plaisent, c’est peut être pour ça que ma vision est plutôt positive…

Montru00E9al cupcake Montréal / 2014
graffeuse-wuna-montreal-2014-2 Montréal / 2014

– Le graff ou tag dont tu es la plus fière ?

Pas encore fait, mais ça viendra…

– Certaines graffeuses t’intéressent ? (tous pays, supports confondus)

J’ai envie de répondre que c’est avant tout le travail de la personne qui m’intéresse et pas son genre, mais honnêtement quand je vois une meuf qui déchire ça me fait encore plus kiffer que quand c’est un mec. Je ne sais pas si c’est par fraternité ou simplement parce-que ça me motive, mais ça me fait toujours plaisir de voir des filles qui sont en place dans des milieux majoritairement masculins (que ce soit dans le graffiti ou ailleurs). Parce-que je sais que ce n’est pas toujours évident, que ça demande beaucoup de travail et un dépassement de soi constant pour faire toujours mieux, et qu’il faut souvent tracer son chemin à coup de sabre pour faire sa place et avoir un minimum de respect. C’est encourageant de voir des graffeuses qui ne se contentent pas de se dire « je suis une fille alors je peux faire un graff pourri et poser à moitié à poil devant pour que les gens kiffent », mais qui travaillent fort pour faire aussi bien ou mieux que les hommes, sans se laisser atteindre ni décourager par les rageux de services.

Pour les graffeuses qui m’intéressent le plus, il y a d’abord toutes mes amies, toutes celles avec qui j’ai pu peindre et échanger, avec qui je suis encore en contact ou non… Sinon j’aime beaucoup les styles de Rosy One, Faith47, Lylea, Tyles (ses phrases sur les frets m’ont mis une grosse claque !) pour n’en citer que quelques-unes. J’adore aussi voir les graffs vandales de mes congénères qui ont eu les tripes d’aller se poser là où beaucoup auraient passé leurs chemin. Et puis toute la nouvelle génération des filles en Égypte ou en Afghanistan comme Shamsia Hassani ou Malina (qui a dû quitter son pays pour échapper à la pression familiale car elle faisait du graffiti…c’est là que tu te dis qu’on n’a pas toutes les mêmes réalités)… Ces filles prennent des risques énormes pour peindre dans des pays où la liberté d’expression est aux antipodes de la nôtre. Ça remet toujours un peu en place quand tu vois que nous, en Europe, on fait les malins parce-qu’on est fier de taper un gros wall ou un train, alors qu’au fond, les risques qu’on prend et leurs conséquences sont bien ridicules à côté de ceux que prennent ces filles-là.

– Des regrets ?

Non, je ne crois pas, et puis pas le temps pour ça.

– Des mauvaises expériences ?

J’ai eu des expériences pas très agréables, des interpellations musclées par des flics qui jouent les cowboys pour se donner l’impression qu’ils ont des grosses couilles, mais bon ça fait partie du jeu, ça ne m’a jamais découragée. Par miracle cela n’a jamais fini en garde à vue.

– Puisqu’on parle principalement d’une discipline illégale, le vol est-il une pratique que tu connais, ou pas ?

Non, je ne suis pas super à l’aise avec ça. Pour peindre gratos je préfère me débrouiller pour me faire inviter à des événements ou sur des plans où je peux récupérer des sprays gratuites. Ça devient de plus en plus rare que je paye mes bombes, et j’espère que ça va continuer comme ça…

– As-tu d’autres occupations, intérêts, auxquels tu consacres du temps régulièrement ?

La danse, et notamment le breakdance qui est ma seconde passion, je m’y suis remise il y a deux ans après des années d’arrêt… Puis les voyages, dès que je le peux je bouge à l’étranger, découvrir de nouveaux coins, de nouveaux potes et de nouveaux spots.

– Tu peins toujours ? Si non, comment se passe ta vie sans le graffiti ?

Je peins toujours. Même si mon rythme a un peu ralenti depuis que je vis à Montréal. L’hiver très rude et les aléas de la vie y sont pour beaucoup. Mais c’est juste un ralentissement passager… ça n’empêche que dès que j’en ai l’occase je prends les sprays et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Je suis loin d’être blasée, puis j’ai encore beaucoup de chemin à faire.

– Tu dessines beaucoup ? As-tu besoin de dessin sous les yeux quand tu peins ?

Je dessine mais pas régulièrement du tout, d’ailleurs il faudrait vraiment que je m’y remette…. Il n’y a pas de secret, y a qu’en grattant qu’on progresse…
Je n’ai pas forcément besoin d’un dessin sous les yeux quand je peins, mais j’avoue qu’avec un sketch les résultats sont toujours mieux. En général quand j’improvise je suis toujours un peu déçue du final, donc j’essaye de plus en plus de sketcher un petit truc avant de peindre.

graffeuse-wuna-montreal-2014-3 Montréal / 2014
graffeuse-wuna-nantes-2012 Nantes / 2012
graffeuse-wuna-montreal-2014 Montréal / 2014

– Ton top 5 en chansons ?

– Neva Faded / Lords Of the Underground
– Feather / Nujabes
– Just the two of us / Bill Withers + Grover Washington Jr
– Bugging out / A tribe called quest:
– I told ya / East

– Une pièce que tu as vue et qui t’a marquée (en vrai ou en photo)

Pfffiouu plein… Comme je l’ai dit plus haut, les pièces de la Trueskool que j’ai découvert dans les rues de Toulouse en 2001 m’ont profondément marquées. Et aujourd’hui, avec internet je me prends des impacts visuels chaque jour quand j’allume mon pc, le problème c’est qu’on peut y voir tellement de prods stylées qu’on les oublie rapidement et puis ça n’a pas l’impact d’une vraie pièce grandeur nature.

– Tu suis l’actualité, l’évolution du graffiti dans ta ville, ou même en France ?

Oui, mais pas vraiment de manière assidue… Je m’intéresse surtout à ce que font mes potes, les gens que je connais… le reste je le suis mais avec plus ou moins d’intérêt et de régularité.

– Des graffeurs, graffeuses actuel(le)s que tu as retenus ?

Pleins ! Miedo, Hombre, Mone 78, Serval, Wilow, Sly2, Skore79, Spen 1, El seed…

Interview # JUNE

June me répond court et direct, mais on en sait un peu plus sur son parcours et sa motivation : 17 ans de graffiti, c’est pas rien !

– noms : June, String, Biceps
– dates d’activité : depuis 1997
– crews : FAV, TG, TFG, C4, IBS
– âge : 35 ans
– ville : Lyon d’origine, mais aussi Toulouse, Montpellier et Bruxelles

– Quand et Comment as-tu découvert le graffiti ?
– Quand as-tu commencé? Comment, pourquoi le passage à l’action ? Dans quel état d’esprit ?

Je trainais pas mal à cette époque, et notamment avec des b-boys lyonnais, impliqués dans le mouvement graffiti aussi, ça a été juste la révélation. (Big up Loop, Oshe, Daly)
J'ai commencé toute seule, un soir de "rien à faire", j’ai pris un marqueur et je suis sortie. Je me suis d’ailleurs fait arrêter ce même soir…

– Que cherchais-tu à faire dans ce mode d’expression ? Tu le vois toujours de la même manière ?

Pour être tout à fait honnête, à l’époque c’était juste une façon d’occuper le temps. Et aujourd’hui c’est un peu la même chose : au lieu d’aller au ciné ou faire du shopping, je vais peindre. Ça me permet de décompresser, de quitter mon « monde professionnel ». Aujourd’hui, même combat. Planifier une mission, c’est l’éclairage de ma journée.

– Ton 1er tag / graff, tu t’en souviens ?

C’était une porte à Lyon…Comme je te disais, je me suis fait choper, inexpérience…..J’avais fait un lettrage pourri sur une porte.

J’ai souvent entendu « je me suis fait choper alors maintenant je fais du légal » . Qu’est-ce que tu t’es dit pour cette 1ère, où tu as eu à la fois le déclic du 1er tag, et le retour à la réalité par l’arrestation ?

Je dirais que le fait de m’être fait choper lors de ma « 1ère fois » ça m’a encore plus motivée. J’ai trouvé les flics cons…ahah…

graffeuse-june-toulouse-1999 Toulouse / 1999
graffeuse-june-toulouse-1999-2 Toulouse / 1999
graffeuse-june-venise-1999 Venise / 1999

– Comment as-tu choisi ton / tes nom(s) ?

June, ça vient d’un ami disparu qui m’avait surnommée comme ça. String, parce que je kiffe les lettres et que Sexy c’était déjà pris ! Il était hors de question pour moi de mettre un « miss » ou « lady je-sais-pas-quoi » devant mon nom, j’ai essayé de faire avec.

– As-tu gardé les photos de tes 1ers graffs ?

Même pas, à l’époque c’était appareil argentique, ça coutait cher, et vu la qualité produite, c’est pas vraiment une grande perte.

– Ton domaine de prédilection, les supports que tu préfères…

Ce que je préfère, c’est le tag au fat cap, j’aimais le train aussi mais je me fais vieille, plus trop le temps et plus la foi pour les gardes à vue, mais je ne dis jamais non à un mur-barbecue-bière-chill avec les potes : le meilleur moment pour planifier la suite.

graffeuse-june-niort-2000 Niort / 2000
graffeuse-june-toulouse-2001 Toulouse / 2001

– Ton champ d’action géographique ?

Comme dirait mon frère Persu, j’suis de partout, j’habite nulle part !

– Dès que tu as commencé à graffer, ou plus tard, t’es-tu intéressée à l’histoire du graffiti ?

Je m’y suis intéressée avant, en fait. Là d’où je viens, c’était surtout Paris notre référence, à l’époque. Il n’y avait pas internet, et les magazines, c’était cher, et rare.

– Es-tu une carriériste du graffiti ?

Jamais. Mais par contre, j’ai vraiment du mal à arrêter, et ça me démange souvent, alors j’y vais. Je n’arrêterai jamais. Je n’ai jamais essayé d’être une « star » du graffiti, juste d’apporter ma pierre à l’édifice. Et je continuerai jusqu’à ce que mort s’en suive.

– Avec qui as-tu bougé dans ta carrière ? Les rencontres qui t’ont marquée ?

Avec pas mal de monde, mais Persu avant tout, ça reste mon meilleur pote après presque 20 ans, l’équipe Toulousaine de l’époque (Tank, Hoax, Tez, Zone), Sonik, les gars de Budapest (Nikon, Tish), de Zagreb (Obelics)…surtout…et maintenant à Bruxelles, Altes, entre autres, sinon, les gars des TFG.

graffeuse-june-montpellier-2003 Montpellier / 2003
graffeuse-june-lyon-2006 Lyon / 2006

– Comment définis-tu ton style ? Qui/quoi t’inspire, t’a inspirée ?

C’est foutraque. Je dessine peu, des fois je reste 6 mois sans faire une esquisse mais je me nourris de mon environnement quotidien, je reprends le stylo, et hop. J’essaye de faire ce qui me correspond sur le moment. Une des caractéristiques pourrait être que je travaille avec peu de couleurs, j’aime les aplats, faire des effets me saoule vite. C’est peut être de la fainéantise……. J’ai été une grande fan de l’école bordelaise des années 2000 (Pum, Charlie57, entres autres), sinon j’aime bien la façon de traiter la lettre des Berlinois et des Praguois. Sinon, Persu, toujours….

– As-tu des thèmes récurrents, des associations de couleurs préférées ?

Je n’aime pas les fresques a thème, mais par contre, j’aime les associations de couleur improbables, tant que ça claque : du rose avec du vert, du jaune fiesta avec du violet saupoudré d’orange…carnaval de Rio, parfois, mais ça me va.

– Comment vois-tu le graffiti dans son essence même ? (l’acte de graffer/taguer, le style, le graffiti en tant qu’art ou pas, dans la société….)

Je sais pas comment répondre a cette question. Pour moi le graffiti n’est pas un « art », c’est le graffiti, point. J’ai du mal avec sa transposition en galerie car pour moi 95% des gens qui font ça ne sont ni légitimes, ni graffiti artistes d’ailleurs. Mais en ce qui concerne le débat de la « pollution », du vandalisme…oui, je revendique le vandalisme, les gens qui me disent « oui ce graffiti là c’est joli mais la signature c’est moche », ça me fait rire, et oui, je suis intégrée, je gagne bien ma vie et j’ai un métier « socialement » reconnu, voire plus puisque je travaille au coeur même des institutions……comme quoi ce n’est pas antinomique.

Donc c’est un peu un dédoublement de personnalité qui se passe quand tu graffes ? Un côté « institutionnel », l’autre côté « anarchiste » ? Ca t’apporte un certain équilibre ?

Oui, c’est un équilibre, c’est certain.
Maintenant, dédoublement de personnalité, non. Quoique. Je ne sais pas trop, c’est compliqué comme question, je suis très sérieuse dans mon boulot, j’ai un certain statut social, je suis en représentation. Quand je peins, je suis plus « moi même » on va dire. Mais je trouve que c’est indissociable : je ne pourrais pas être une cassoss du vandale, tout comme je ne pourrais pas être juste « la nana que je suis dans mon boulot »…mais je pense que plein de gens ont ce type de « double vie ». Le graffiti me permet aussi de combattre une certaine forme d’autisme, de timidité.

– Le graff ou tag dont tu es la plus fière ?

Un énorme chrome de 60m avec les TG, sur les bords de la Garonne…plus pour l’action en elle même que pour la pièce.

– Certaines graffeuses t’intéressent ? (tous pays, supports confondus)

Le travail des filles dans le graffiti m’intéresse mais pas parce-que ce sont des filles. J’adore ce que fait Mary par exemple, mais si ça avait été un mec, j’aurais apprécié tout autant. Pour moi il n’y a pas du graffiti de filles et du graffiti de mecs. Même si c’est plus compliqué de se faire sa place en tant que fille. Et que certaines nanas sont vraiment dans un mode pourri par rapport à ça : qu’elles restent là où elles sont.

– Des regrets ?

Aucun, au contraire. Grâce au graffiti j’ai voyagé, rencontré des gens, noué des amitiés, rencontré mon homme…et bâti ma carrière, aussi surprenant que ça puisse paraitre.

– Des mauvaises expériences ?

Quelques unes, en rue notamment. Avec des justiciers urbains….(allez vous occuper de vos familles, bordel !) Une garde a vue a Montpellier, particulièrement difficile, avec un flic nazi qui aimait bien montrer sa supériorité physique…

– Puisqu’on parle principalement d’une discipline illégale, le vol est-il une pratique que tu connais, ou pas ?

Je connais, mais je ne pratique plus.

– As-tu d’autres occupations, intérêts, auxquels tu consacres du temps régulièrement ?

Je suis bénévole dans une association d’aide aux prostitué(e)s, et je continue à peindre pour moi.

Le bénévolat c’est dans la continuité du graffiti, acte gratuit et désintéressé ?

Disons que j’ai besoin de donner un sens a certaines choses, et que je suis révoltée de manière générale. C’est ma façon de dire « merde », alors que dans la vie, dans mon travail notamment, je suis soumise à une certaine obligation de neutralité. Et donner de mon temps et de moi-même, surtout dans quelque chose qui me tient a coeur, c’est important pour moi.

-Tu peins toujours ? Si non, comment se passe ta vie sans le graffiti ?

Oui, je peins toujours, je n’arrive pas a décrocher, même après des périodes sans, j’y reviens toujours. Ma vie, c’est le graffiti. Je me repère à ça dans la ville, je peins au moins une fois par semaine. Si un jour j’ai un enfant, on verra. Mais je ne pense pas que ça changera quoi que soit.

SAMSUNG Bruxelles / 2013
graffeuse-june-belgique-2014 Belgique / 2014

– Expériences de garde à vue ?

Quelques unes (big up aux flics de Toulouse, incompétents notoires), et à ceux de Montpellier, brutes reconnues. Depuis, je cours plus vite.

– Tu dessines beaucoup ? as-tu besoin de dessin sous les yeux quand tu peins ?

Non, je dessine peu, et je ne prends jamais d’esquisse quand je peins.

– Ton top 5 musical ?

« Down in Mexico » / The Coasters
« Spanish Harlem » / Aretha Franklin
« You really got a hold on me » / Smokey Robinson
« 2 dope boys in a Cadillac » / Outkast
« Ain’t no fun » / Snoop Dog

– Une pièce que tu as vue et qui t’a marquée (en vrai ou en photo)

Une pièce d’Espo a New York, sur un store…c’était fat, et c’était fou !

– tu suis l’actualité, l’évolution du graffiti dans ta ville, ou même en France ? De quelle manière ? Des
graffeurs, graffeuses actuel(le)s que tu as retenus ?


Par le biais du crew (IBS), je suis, oui…actuellement, j’aime bien les Blow, et les Nawas.