Interview # MINA

Petit voyage en Europe avec Mina adepte des flops et du style cartoon…

– nom : Mina
– dates d’activité : 2000 à aujourd’hui
– crew : CC
– âge : 29
– villes : Berlin / Paris

– Quand et Comment as-tu découvert le graffiti ? La 1ère bombe que tu as tenu en main, tu t’en souviens ?

J’ai découvert le graffiti assez tôt, car c’était toujours partout où j’allais. Les peintures sur les murs, sur les toits, les trains, ont attiré mon regard depuis toute petite. Au début c’était un monde à part, anonyme et mystique.
J’ai admiré les graffs et je me posais des questions sur les gens derrière les peintures. Dans ma ville il y avait un grand « Hall of Fame » où je me baladais souvent pour découvrir de nouvelles pièces.
Un jour, c’était en 2000, j’ai fait connaissance d’un graffeur qui m’a ouvert la porte du monde du graffiti. Il m’a expliqué les bases, il m’a filé des magazines de graffiti (que je regardais tout le temps en étudiant les pièces), on a dessiné ensemble et il m’a donné des bombes pour que je puisse enfin essayer. Pour moi c’était magique : d’appuyer sur le cap, voir la peinture qui sort de la canette. D’ailleurs je trouve ça toujours magique!

– Quand as-tu commencé? As-tu gardé les photos de tes 1ers graffs ?

Mon premier graff je l’ai donc fait en 2000 avec un pote. C’était un lettrage. J’avais pas d’appareil à l’époque, c’est lui qui a archivé les premières pièces. J’espère qu’il a gardé les photos !
Après mes premières expériences de peinture sur murs j’ai décidé d’attendre encore. J’étais écrasée par la qualité de ce que je voyais et j’étais loin de là…bien sûr. Alors j’ai continué à dessiner, à traîner dans des endroits où ça peignait, à lire des magazines… et puis je me suis mise à peindre dehors à nouveau !

– Que cherchais-tu à faire dans ce mode d’expression ? Tu le vois toujours de la même manière ?

Le truc qui m’a toujours plu dans le graffiti c’était de peindre avec des gens sympas. L’énergie, l’échange, les bons moments passés et le partage. C’est pareil pour une pièce faite dans la rue ou pour un mur peint tranquille.
Et oui, je le vois toujours de la même manière.
Mina_93_2014 93 / 2014

Mina Bruce WRUNG_93_2014 feat. Bruce / 93 / 2014

Mina_Bruce_Barcelona_2015 feat. Bruce / Barcelona / 2015

– Ton champ d’action géographique?

En gros je peux dire que ce sont la France et l’Allemagne. Je bouge assez souvent, du coup je peins là où je me retrouve, dernièrement en Espagne.

– Avec qui as-tu bougé dans ta carrière ? Les rencontres qui t’ont marquée

Mes rencontres les plus inspirantes et motivantes je les ai souvent faites par hasard. C’était d’abord les personnes et après le graff. Jusqu’à présent ce sont des amis, des sources d’inspiration, bref : des gens cools.
Il y a Bruce, Akbar, 2Shy, Very128, Sexy, Like…pour en nommer quelques-uns.

– Ton domaine de prédilection, les supports que tu préfères, un type de mission plus apprécié ?

Je préfère peindre dans la rue d’une manière spontanée, en me baladant avec les potes à la recherche d’un bon spot. Ça peut être un store, un mur en briques, une palissade…Ça se décide à ce moment là. Avec un sac plein de belles couleurs, la motive, et une idée dans la tête, tout est possible. L’effet de surprise, l’imprévu…c’est ça que j’aime!
Mais je suis aussi partante pour un terrain, genre un beau rooftop avec une belle vue, une vielle usine ou n’importe quel endroit. Là c’est plus le fait de passer une bonne journée avec les amis en faisant un beau graff qui me fait kiffer. De parler, rigoler, boire des bières, faire des conneries…
Par contre je crois qu’en terme de satisfaction, un flop dans la rue fait en 3 minutes, est bien plus fort qu’un graff fait en 3 heures.
A côté de ça j’aime aussi beaucoup la culture des stickers. Dès que je quitte la maison je commence à en coller…

Mina_44_2014 44 / 2014
Mina-Bruce-93-2014 feat. Bruce / 93 /2014

– Les flops rapides en pleine rue, en France, j’en ai très rarement vus faits par une fille. A l’étranger ça me semble être un phénomène plus répandu (en Espagne, aux Etats-Unis par exemple). Une explication ?

C’est vrai. Pour moi aussi ça me semble plus répandu dans d’autres pays, surtout en Amérique du sud. J’ai pas spécialement d’explication, mais ça me ferait plaisir de voir plus de flops fait par des filles dans les rues, mises à part celles qu’on connaît déjà. Big up les filles!

Mina_CC_Valencia_2015_2 Valencia / 2015

Mina_Hamburg_2015 Hamburg / 2015
– Comment as-tu choisi ton nom?

Mina est un de mes petits noms qu’une copine m’a donné il y a longtemps. Pourquoi chercher plus loin? J’aime bien ces 4 lettres.

– Comment définis-tu ton style ? Qui/quoi t’inspire, t’a inspiré ?

Mon style est plutôt simple je dirais. J’aime bien les lignes claires et définies, une touche un peu BD.
L’inspiration vient de mon entourage, les trucs que je vois dans ma vie de tous les jours, les graffs, les tags, les pubs… mais ça reste un processus inconscient. Je ne suis pas à la recherche de l’inspi.

– Tu dessines beaucoup ? as-tu besoin de ton dessin sous les yeux quand tu peins ?

Oui, je dessine pas mal. J’emmène pas toujours mon sketch quand je vais graffer, mais quand c’est une nouvelle « création » je l’ai sous les yeux quand je trace mon lettrage. Des fois j’ai des flèches qui sont un peu compliquées du coup c’est mieux d’avoir un petit pense-bête dans la poche.

– es-tu une carriériste du graffiti ? ou plutôt en temps partiel ?

Le graffiti fait partie de ma vie et je me sens bien quand je peins dehors. Je le fais pour moi et pas parce-que je dois prouver quelque chose à quelqu’un.

– As-tu des thèmes récurrents, des associations de couleurs préférées…?

Le graffiti en soi implique de la répétition. J’écris mon nom de manières différentes. J’ai des éléments qui réapparaissent souvent, des yeux, des mains, des petites conneries.
Difficile à dire si j’ai vraiment des associations de couleurs préférées, car ça dépend aussi de mon envie. Je me sens souvent attirée par des couleurs comme le turquoise, le rouge… un beau contraste de couleurs froides et chaudes.
Tout simple, noir et blanc, c’est bien aussi.

Mina_Barcelona_action_2015 Barcelona / 2015

Mina_Barcelona_2_2015 Barcelona / 2015

– Comment vois-tu le graffiti dans son essence même ? (l’acte de graffer/taguer, le style, le graffiti en tant qu’art ou pas, dans la société….)

Pour moi l’acte de graffer ou de taguer me donne un sentiment de liberté. Je suis libre sur la taille de mes pièces, le style, le temps, je suis dehors en liberté. On vit dans un monde qui est de plus en plus contrôlé, des choses qui sont mises dans la tête des gens auxquelles il faut croire, qu’est-ce qui est bien ou mauvais. Le graffiti dépasse les frontières, il peut connecter des cultures, des gens, peu importe leur langue, où qu’ils se trouvent, peu importe leur travail dans leur vie de tous les jours. C’est une forme d’expression assez ouverte. Dans la société personne ne peux esquiver le graffiti, s’il a une attirance ou pas pour le graffiti, s’il l’aime ou pas. Il est là. Personnellement je pense que le graffiti est une forme d’art qui est assez puissante dans toutes ses disciplines et styles possibles, très présente et éphémère en même temps, et toujours en changement.

– Il y a une certaine liberté oui, artistiquement parlant, mais comme ça se passe dehors et sur des supports parfois non autorisés, la liberté peut vite se perdre…Cela te stresse, ou te motive ? Tu n’y penses pas spécialement ?

Il y a toujours une tension plus ou moins grosse, tout dépend du spot, des gens, de la ville, du pays, de l’ambiance. Le flop ça reste du plaisir pour moi, si je le sens pas, je le fais pas. 

– Certaines graffeuses t’intéressent ? (tous pays, supports confondus)

Le travail de Yael me plaît assez, la simplicité de son style. J’aime beaucoup ce que fait Yubia, ses lettrages et aussi bien ses petits illustrations avec les persos.
Pushe est intéressante, son style est atypique et unique. Dans les graffeuses plus oldschool j’aime bien Musa, Fancy, Rosy… En fait il y a pas mal de filles qui font des trucs impressionnants dans le graffiti, ça fait plaisir.

– As-tu d’autres occupations, intérêts, auxquels tu consacres du temps régulièrement ?

Le dessin, la peinture…c’est ma passion. Depuis toujours.

Mina_Bruce_CC_Berlin_2015 feat. Bruce / Berlin / 2015

– Pour finir, ton top 5 musical ?

« Feeling good » / Nina Simone
« The world » / Charles Bradley
« Sabotage » / Beastie Boys
« Still D.R.E. » / Dr. Dre
« Don’t believe the hype » / Public Enemy

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