Interview # BICOK

Interview plutôt condensée pour Bicok qui préfère s’exprimer en peinture…

– nom : Bicok
– dates d’activité : depuis 2001
– crew : OPC
– âge: 29 ans
– ville : Sud-Ouest

– Quand et Comment as-tu découvert le graffiti ?

C’était en 2001, je rentrais au lycée international de Sèvres en arts appliqués.
 Je devais prendre le train pour y aller, je partais de la gare des Vallées ou il y avait beaucoup de tag des VMD, très présents dans mon quartier, pour aller à Sèvres ville d’Avray, il y en avait pour 45 minutes de trajet, sur le chemin les murs étaient remplis de graffitis et de tags, j’essayais de les déchiffrer, à force je les connaissais par coeur. Cette habitude est restée où que je sois.

– Quand as-tu commencé? Comment, pourquoi le passage à l’action ? Dans quel état d’esprit ?

Donc en 2001, au cours de ma première année de lycée, en seconde, je suis arrivée dans une classe où il y avait 3 graffeurs donc rapidement j’ai eu envie de faire des tags, au début sur des feuilles, les tables en bois du bahut etc, mais à ce moment là j’avais pas vraiment de blaze, et puis je trouvais ce que faisais assez moche ! 
Ensuite j’ai rencontré une très bonne amie, qui a été ma meilleure acolyte, on s’est bien trouvées, elle habitait à Bécon les Bruyères à une station de chez moi, on se rejoignait pour faire le trajet ensemble, et on a commencé à taguer les intérieurs des trains. Elle m’a présenté des copines, Pin’up et miss Lou, et on a monté un crew (de filles uniquement), les DQV, qui n’existe plus. On était dans l’euphorie de l’adolescence, je me souviens qu’une fois on prenait le train pour rentrer du lycée et sur le quai d’en face il y avait des flics, on a tagué les vitres juste en face d’eux pour les narguer ! Peu de temps après je me suis faite arrêter pour la première fois, dans le wagon de service du vieux train de la L (mon préférée d’ailleurs), j’étais mineure, j’ai dû attendre que ma mère vienne me chercher au commissariat de la Défense, elle ne m’a pas engueulée, elle n’a jamais vraiment aimé les flics…

graffeuse-bicok-vincennes-2011Vincennes / 2011

graffeuse-bicok-aubervilliers-2012Aubervilliers / 2012

– Que cherchais-tu à faire dans ce mode d’expression ? Tu le vois toujours de la même manière ?

À ce moment là avec les cours d’arts appliqués on nous demandait toujours d’avoir une démarche construite et justifiée, le graffiti, c’était le défouloir ! Et aujourd’hui, ça l’est toujours mais je me rends compte que c’est un mode d’expression très efficace, j’aime bien l’effet que ça a sur les gens, ça les choque, et puis ce questionnement et cette curiosité autour du vandalisme, je trouve ça vraiment intéressant parce-que souvent il y a quand même un profil type, les personnes que j’ai eu l’occasion d’aborder de manière conflictuelle suite à une action vandale, ont le même genre d’arguments pourris et stériles. Je n’ai jamais voulu plaire à tout le monde, j’ai des idées politiques très encrées et le graff fait partie de ma démarche personnelle de rebellion même si il faut avouer que j’ai encore pas mal de chemin a parcourir pour ne pas trop culpabiliser de faire partie de cette société.

– La 1ère bombe ou le 1er marqueur que tu as tenu en main, ton 1er tag / graff, tu t’en souviens ? Dans quelle ville et sur quel support ?

Mon 1er marqueur c’était un « On the run », je l’ai gardé super longtemps. Mon premier graff c’était a Paris sur les murs de la petite ceinture, vers Balard, avec mes copines.

– Seule ? avec des gens ?

Très rarement en solo, je suis pas vraiment une solitaire ceux qui me connaissent, le savent bien, j’ai rencontré beaucoup de monde il n’y pas que de bonnes rencontres mais la plupart sont inoubliables, comme les OPC dont je fais actuellement partie, pour certains ce sont des frères que je n’oublierai jamais peut importe la distance et le temps.

– Comment as-tu choisi ton nom ?

Bicok, ça vient de bicoque, ça me correspond assez bien dans le fait que je suis assez casanière, mais surtout, les lettres, elles me plaisent et aucune ne me pose de difficulté ! Ce blaze me va a merveille.

– Ton domaine de prédilection, les supports que tu préfères ?

Ça dépend du moment, j’aimais beaucoup la rue lorsque j’habitais dans le 20ème j’aimais les peintures sur la PC et les petits terrains autour de Ménilmontant avec les copains, les tags sur le chemin de la maison.
Et puis il y a les trains qui en matière d’adrénaline sont le support qui offre le plus de satisfaction (aussi les métros quand on est pas trop clostro), j’aime bien l’ambiance à la fois calme et tendue des dépôts, les longs silences a guetter attentivement le bon moment… la photo à la fin pour moi c’est juste une façon de me souvenir de ces moments là et si la photo est belle c’est encore plus satisfaisant !

graffeuse-bicok--rome-2011 Rome / 2011

graffeuse-bicok-rome-2011Rome / 2011

– Ton champ d’action géographique ?

Paris et sa banlieue pour la plus grande partie et puis un petit trip à Bruxelles une fois et deux séjours à Rome où j’ai de très bons contacts dont une amie (FRIKA) avec qui j’ai des souvenirs.

– Dès que tu as commencé à graffer, ou plus tard, t’es-tu intéressée à l’histoire du graffiti ?

J’ai acheté beaucoup de magazines (que j’ai toujours!), quelques livres aussi mais on ne peut pas vraiment dire que je suis une experte, je m’y intéresse c’est sûr mais je ne suis pas une maniaque de l’histoire du graff.

– Es-tu une carriériste du graffiti ? ou plutôt en temps partiel ?

J’ai eu une période d’environ 4 ans assez intense, mais en ce moment je suis plutôt en congé, j’espère repeindre bientôt : c’est au programme en tout cas.

– Avec qui as-tu bougé dans ta carrière ? Les rencontres qui t’ont marquée…

2 blazes me viennent a l’esprit instantanément, c’est NAWAK et YOKE, bien sûr ce ne sont pas les seuls 
à avoir marqué mes souvenirs de graffeuse, je me dois de faire une dédicace a SAME, REX, ONEA, ZAEK, ALFE, PLANE, TORKE, SHOOK, FRIKA, sans oublier tous les membres de mon crew et les compagnons de voyage…

– As-tu des thèmes récurrents, des associations de couleurs préférées ?

Je n’aime pas trop les 3D, je suis plutôt 2D ombre portée et délire oldschool, j’aime bien que ça soit simple et efficace. Et pour l’anecdote j’oublie souvent les dédicaces parce que je suis TRÈS tête en l’air !

graffeuse-bicok-paris2011

graffeuse-bicok-paris-2011


- Comment vois-tu le graffiti dans son essence même ? (l’acte de graffer/taguer, le style, le graffiti en tant qu’art ou pas, dans la société….)

Je pense qu’on peut parler d’art, le mouvement est tellement répandu et reconnu.
 On laisse une vraie trace dans la société, qu’on le veuille ou non et peu importe l’implication, les graffeurs interagissent avec le paysage urbain continuellement.

– Le graff ou tag dont tu es la plus fière ?

Le top to bottom DIANA ROSS que je n’ai jamais fini parce-que la Police Ferroviaire nous est tombée dessus, celui la si j’avais pu le finr !!! Je me suis bien arrachée les poumons ce jour-là pour m’en sortir ! 


graffeuse-bicok-rome--2010 Rome / 2010

graffeuse-bicok-rome-2010Rome / 2010

– Certaines graffeuses t’intéressent ? (tous pays, supports confondus)

Oui, et je me découvre une grande solidarité féminine que je n’avais pas avant, ça me donne envie d’aller à la rencontre de ces filles qui ont cette même passion un peu atypique et étrange aux yeux des autres.

– Des regrets ?

De ne pas en avoir fait plus !

– Tu peins toujours ? si non, comment se passe ta vie sans le graffiti ?

Ça fait quelque temps que je ne suis pas allée peindre et ça me manque (euphémisme) mais je dessine tout le temps je crée des trucs j’occupe mes mains. Mais plus que d’aller peindre j’aimerais m’investir maintenant dans la vie associative et être en accord avec les valeurs que je partage.

– Expériences de garde à vue ?

Quelques arrestations oui, mais toujours sans suite ou très peu : il y a eu cette nuit où je me suis fait arrêter sur un métro avec S. , j’ai pas mal couru ce jour là, un coup dans un sens un coup dans l’autre, j’ai pas pu faire mieux je m’étais tordu la cheville ou un truc dans le genre un peu plus tôt et du coup, allez hop tout le monde au poste direction GDN (le poste de Gare du Nord), ma première et dernière fois là-bas, la nuit passée sur le banc fut un peu longue, et les heures qui suivirent aussi, ça s’est terminé par une amende.


– Tu dessines beaucoup ? as-tu besoin de dessin sous les yeux quand tu peins ?

Je dessine beaucoup mais devant un mur j’aime bien le freestyle, des fois je prends une petite esquisse de lettrage pour me guider mais rarement plus.

– Ton top 5 en chansons ?


Un petit top 5 de sons qui me rappellent des gens ou des moments partagés :

« Souvenirs » / Oxmo Puccino
« One syllable » / Reverie
« Lose your life » / The Alchemist
« Apprends à t’taire » / Casey
« Un soir comme un autre » / La Rumeur


- tu suis l’actualité, l’évolution du graffiti dans ta ville, ou même en France ? De quelle manière ? Des graffeurs, graffeuses actuel(le)s que tu as retenus ?

Oui je garde un oeil sur les mecs de mon crew, toujours, et j’habite dans le Sud Ouest vers Biarritz, il y a les TER, qui ne laissent pas beaucoup de place a la concurrence !

graffeuse-bicok-biscarosse-2014- Biscarosse / 2014

graffeuse-bicok-biscarosse-2014Biscarosse / 2014

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