Interview # WÜNA

Wüna maîtrise aussi bien les lettres que les personnages, interview marquée par un esprit hip-hop positif…

– nom : Wüna
– dates d’activité : depuis 2001
– crew(s) : NTC, SGX, CMK, FPC
– âge : 27 ans
– villes : Montréal / Toulouse

– Quand et comment as-tu découvert le graffiti ?

Le tout premier sketch graffiti que j’ai fait, j’avais 9ans, je l’ai retrouvé il n’y a pas longtemps en fouillant dans mes archives. Mais à l’époque je ne devais pas vraiment comprendre ce que je faisais, j’avais dû voir des graffs seulement à la TV, car je viens d’un petit bled où à ce moment-là il n’y en avait nulle part, mais en tout cas ça avait dû me marquer.
C’est en 2001 que j’ai commencé à sérieusement m’intéresser au graffiti, vers l’âge de 13-14ans. Je trainais beaucoup dans le skate parc de ma ville d’origine car j’y faisais du roller, c’était un des seuls endroits où il y avait des graffs. Il y avait un côté mystérieux là dedans, mais c’était un truc qui me parlait vraiment, je me reconnaissais complètement dans cette forme d’expression. J’allais aussi de temps en temps me promener à Toulouse (qui était la grande ville la plus proche de chez moi) et c’est comme ça que j’ai découvert les travaux de la Trueskool, et de Fafi et Miss Van qui étaient très actifs à ce moment-là. Leur travail a été une vraie révélation pour moi.

– Quand as-tu commencé ? Comment, pourquoi le passage à l’action ? Dans quel état d’esprit ?

C’est en 2001 que j’ai su que le graffiti ça allait être mon truc. Je me suis mise à sketcher sévère sans vraiment savoir où et comment j’allais commencer à utiliser les bombes, mais je savais que j’allais m’y mettre à un moment donné… Je n’avais pas forcément d’idée en tête, j’avais vu des graffs et ça me parlait, je voulais faire pareil, c’est tout. Vandale ou légal je ne me posais pas trop la question. Finalement j’ai pris les bombes en 2002, mais sans peindre régulièrement. En 2004 je me suis innocemment incrustée à une jam dans ma région, et c’est là que j’ai rencontré les gars du FPC crew qui, au lieu de me snober comme l’auraient fait n’importe qui en voyant débarquer une gamine de 17 ans, ont été super cools avec moi et m’ont fait rentrer dans leur équipe. Ça m’a permis de découvrir un peu plus en détail le milieu du graffiti, parce-que comme jusqu’à présent je peignais seule j’étais un peu déconnectée du milieu, tous ce que je connaissais je l’avais appris à travers les magazines ou les photos sur le net. Vner2 me parlait de tel ou tel crew actif à l’époque, de tel ou tel mec qui c’était fait défoncer parce qu’il avait repassé un tel, des marques de bombes, des types de caps, tout ça… Je pigeais vraiment que dalle à ce qu’il me racontait, mais je faisais style de comprendre en faisant « oui oui » avec la tête pour ne pas passer pour une demeurée et garder mon peu de crédibilité…
C’est à partir de ce moment-là que j’ai commencé à être plus active. 2 ans plus tard je me suis installée à Toulouse et là les connexions et les peintures se sont multipliées…

– Que cherchais-tu à faire dans ce mode d’expression ? Tu le vois toujours de la même manière ?

Honnêtement je ne savais pas trop ce que je cherchais en faisant ça, c’était juste un gros kiff, j’en prenais plein la vue en voyant des graffs et je voulais faire pareil. Maintenant c’est toujours un peu la même chose, j’aime me dépasser en essayant de faire toujours mieux, j’aime le travail de la lettre, les couleurs, le flow, les persos et il y a tellement de styles et de possibilités d’innover que je ne me lasse jamais.
Ce qui me plaît aussi vraiment dans le graffiti c’est son côté collectif, j’aime rencontrer des gens (enfin des graffeurs, pas le monsieur et madame tout le monde qui viennent te saouler pendant que tu peins et te posent pleins de questions… même si ça part d’un bon sentiment c’est un peu chiant…), me poser sur un mur avec des potes, me marrer et passer du bon temps… C’est pour ça que j’ai toujours été plus attirée par la fresque que par le vandale même si j’en ai fait un peu. J’aime prendre mon temps, faire des grosses pièces, discuter avec mes potes… l’adrénaline n’a jamais été mon moteur.

graffeuse-wuna-toulouse-2010 Toulouse / 2010
graffeuse-wuna-rennes-2012 Rennes / 2012

– La 1ère bombe ou le 1er marqueur que tu as tenu en main, ton 1er tag / graff, tu t’en souviens ? Dans quel endroit et sur quel support ?

Je ne me rappelle plus vraiment des premiers tags, mais ils devaient être très laids… Par contre mon 1er graff je m’en souviens très bien. Je sortais du lycée, c’était un mercredi après-midi, je suis allée au skate parc de ma ville avec quelques sprays et j’ai fait un genre de flop violet avec des points blancs… Immonde… J’ai passé au moins 5 ou 6 canettes pour un tout petit truc, ça coulait de partout, mais à force de retailler j’ai fini par faire un truc pas trop sale. Je me rappelle que pendant que je galérais je me disais « mais pourquoi je me suis lancée là-dedans, c’est trop laid, pourvu que personne me voie ! », mais quand je l’ai terminé j’ai ressenti une sorte de fierté, c’était le début d’une longue série…

– Seule ? avec des gens ?

Les 1ers je les ai faits seule, mais j’ai vite rencontré des gens et par la suite j’ai plus souvent peint accompagnée. Puis comme je peignais avec des gens plus forts que moi ça me tirait un peu vers le haut et ça m’a beaucoup motivée.

– Comment as-tu choisi ton nom ?

Je ne sais plus trop comment ça m’est venu, je suis passé par plusieurs blazes quand j’ai commencé à crayonner, puis j’ai trouvé Wüna peu avant de toucher mes 1ères sprays. C’est un blaze un peu chelou qui ne veut rien dire, et avec une consonance un peu féminine donc j’avais moins de chance qu’on me le pique. Je ne l’ai jamais changé, car il correspond à la période où je suis vraiment entrée dans la culture Hip Hop, j’ai donc une sorte d’affection pour lui.

– As-tu gardé les photos de tes 1ers graffs ?

Oui je les ai quasiment toutes… j’ai même le 1er! Le moche que j’ai fait dans le skate parc !

– Ton domaine de prédilection, les supports que tu préfères ?

Je suis plus terrain, car j’aime la tranquillité, niveau support j’aime vraiment tout, mais plus c’est lisse mieux c’est. J’avoue que j’aime aussi beaucoup les frets, c’est grand, c’est lisse et ça se déplace, c’est un support parfait.

– Ton champ d’action géographique ?

Le monde! Pas de frontières…
J’adore aller peindre dans d’autres villes et d’autres pays, ça permet de rencontrer de nouvelles personnes qui te font découvrir de nouveaux spots. Et tu te rends compte que le graffiti c’est vraiment un mouvement universel, même à l’autre bout du monde tu trouveras toujours des gens qui ont la même passion que toi et, même si la culture et la langue sont différentes, on a souvent les mêmes références et on peut toujours se comprendre au travers ce langage commun.

– Quels pays as-tu visités, ceux qui t’ont marquée le plus ?

Italie, Espagne, Allemagne, Belgique, Etats-Unis, Maroc, Tunisie, Canada, Cuba, Portugal, Turquie, Angleterre, Pays-bas … Il n’y a pas un pays qui m’a marquée plus que les autree. Chaque pays a du bon et du moins bon, mais franchement en Europe on est pas mal lotis, on n’a vraiment pas à rougir de notre niveau ! J’aimerais aussi bien faire un tour en Amérique Latine parce que le style a l’air d’y être bien différent du nôtre et bien fou aussi…

– Dès que tu as commencé à graffer, ou plus tard, t’es-tu intéressée à l’histoire du graffiti ?

Oui et même plus généralement à toute l’histoire du Hip Hop, ça me paraît indissociable, même si chaque élément de cette culture à son propre chemin… Quand suis tombée amoureuse du graffiti je suis aussi tombée amoureuse de toute la culture qui gravite autour, d’ailleurs je voulais toucher à toutes les disciplines car pour moi c’était un tout. J’ai donc cherché à m’informer sur toutes les branches de cette culture. C’était le début d’internet donc j’ai trouvé mes premières infos grâce à ça (j’avais pas l’adsl à l’époque donc pour charger une page ou une photo il fallait 5 minutes), puis j’ai farfouillé dans toutes les librairies et les bibliothèques de ma ville à la recherche de la moindre info, du moindre article, du moindre magazine… J’étais à fond, plus que maintenant… aujourd’hui il y a trop de monde, trop de gens qui déchirent, ça va trop vite je ne suis plus vraiment à la page…

– Es-tu une carriériste du graffiti ? ou plutôt en temps partiel ?

Je peux être carriériste mais pas en continu. Il y a des périodes où je peins plus ou moins régulièrement, mais depuis que j’ai commencé à devenir active dans ce domaine je pense que je n’ai jamais passé plus de 2 ou 3 mois sans peindre. Faut dire que je ne fais quasiment plus que du terrain, c’est donc, je pense, plus facile de rester active sur la durée.

graffeuse-wuna-toulouse-20141 Toulouse / 2014

– Avec qui as-tu bougé dans ta carrière ? Les rencontres qui t’ont marquées…

Mes premières rencontres dans le graffiti c’était avec les gars du FPC, c’est avec eux que j’ai fait mes premières armes. C’est aussi comme ça que j’ai rencontré Apashe avec qui j’ai énormément bougé et peint en France et à l’étranger, ce qui a indéniablement influencé mon parcours.
En m’installant à Toulouse j’ai rencontré Riwa, Miss Hope et Forma avec qui j’ai monté le Sistaz GraffiX Crew, créer un crew de fille c’était mon rêve depuis mes débuts. Avec Riwa on allait souvent peindre en sortant de la fac, c’était une super époque. Puis j’ai rencontré tous les gars du NTC crew qu’on a fondé en 2010 pour se marrer et qui dure encore aujourd’hui, j’espère que ça continuera encore longtemps. C’est avec eux que j’ai tapé mes plus gros délires, et fait mes plus grosses fresques (et mes plus gros apéros).
Puis ma rencontre avec l’équipe des CMK de Chicago lors du Meeting of Styles a été aussi un moment marquant pour moi.
Mais franchement, quasiment toutes mes rencontres m’ont marquées, j’ai rencontré plein de gens cools (et quelques connards aussi) que je n’oublierai pas.

– Comment définis-tu ton style ? Qui/quoi t’inspire, t’a inspirée ?

J’avais pas vraiment l’impression d’avoir un style jusqu’à il n’y a pas longtemps. Là je commence petit à petit à trouver ce que j’aime et le style que je veux développer.
J’aime le wild avec du flow, les throw up et les ptits persos 2D, avec une attitude B-boy / B-girl.
J’ai commencé le graffiti en faisant des persos mais je me suis rapidement mise à la lettre, car pour moi c’est vraiment essentiel, c’est la base. Je voulais être la plus complète possible, ne pas me contenter d’être encore une meuf qui ne dessine que des meufs (même si je trouve ça très bien les filles qui font ça). Avant je kiffais faire des persos réalistes, mais je m’en suis un peu lassée, déjà j’avais pas du tout de prédilection pour ça… puis y a des mecs qui sortent d’écoles d’art et qui feront toujours mieux de toute façon. Je préfère créer mes petits persos en 2D ou en semi-réaliste plutôt que de faire de la reproduction qui laisse moins de liberté.
Côté inspiration on peut dire que ma danse (le breakdance) et la culture Hip Hop influencent énormément mon style…
La calligraphie arabe est aussi quelque chose qui m’inspire beaucoup, j’aime le flow et la spiritualité qui se dégage des lettres même si je n’y comprends absolument rien.
Les voyages et les autres cultures sont aussi une source inépuisable d’inspiration. J’aime faire des recherches, voir ce qui se fait dans d’autres communautés, d’autres cultures… (Mais les cultures amérindiennes sont celles qui m’intéressent le plus).

graffeuse-wuna-montreal-2013 Montréal / 2013
graffeuse-wuna-ottawa-2014 Ottawa / 2014

– As-tu des thèmes récurrents, des associations de couleurs préférées ?

Mes deux couleurs de prédilection sont le gris et le bleu turquoise, c’est simple et efficace, et avec le temps c’est un peu devenu mon code couleur. Mais je ne me cantonne pas seulement à ça, j’aime toutes les couleurs et j’aime varier.
Puis mes thèmes récurrents sont ceux qui tournent autour de la culture Hip Hop. Ce n’est pas du tout original je sais, mais c’est ce que j’aime et c’est ce qui me parle. Bon ça ne veut pas dire que je ne peux pas m’adapter a un autre thème, c’est quand même important de s’ouvrir un peu de temps en temps .

– Comment vois-tu le graffiti dans son essence même ? (l’acte de graffer/taguer, le style, le graffiti en tant qu’art ou pas, dans la société….)

Je ne me suis jamais trop posé la question, pour moi c’est juste un gros kiff, quelque chose de naturel. Je ne fais pas ça pour faire passer un message ou pour que ça plaise aux gens. Si ça peut brûler des rétines et faire kiffer tant mieux, mais sinon c’est pas grave, je cherche juste à passer du bon temps et faire ce que j’aime. Je me fiche totalement que le graffiti soit considéré comme un art ou qu’il soit accepté par la société, si il l’est c’est bien, si il ne l’est pas ça ne changera rien pour moi. Ce que pensent les autres j’en ai jamais rien eu à foutre et c’est pas ça qui m’empêchera de peindre.
Le graff devient un business et je trouve ça un peu désolant, mais en même temps c’est une juste évolution, et si ça peut permettre à certains graffeurs de manger et de faire un travail qui leur plaît tant mieux. Personnellement je n’aime pas les contraintes, ça peut m’arriver de faire des commandes payées, mais je n’accepte que celles qui m’intéressent vraiment, celles où je vais pouvoir faire un peu ce que je veux … Parce que si c’est pour se faire chier a peindre un truc qui nous plait pas je vois pas du tout l’intérêt. Puis déjà, à partir du moment où c’est une commande je ne vois plus ça comme du graffiti, ça devient juste de la peinture, c’est comme faire une toile quoi, c’est cool je dis pas le contraire, mais c’est une démarche différente du graff. Le plaisir n’est pas le même.

– Tu as une vision très positive du graffiti, tu parles de langage universel, de valeurs, de se faire plaisir. Les filles que j’ai interviewées précédemment considèrent cette discipline comme un refus de la normalité, un certain anticonformisme…

Je ne pense pas que ce soit contradictoire, même beaucoup de graffeuses considèrent le graff comme un refus de la normalité elles y trouvent du plaisir, enfin j’espère parce que sinon je vois pas l’intérêt de continuer… Après pour tout te dire ce refus de la normalité et cette idée d’anticonformisme sont également des choses qui m’ont attirée vers le graffiti, je n’aurais peut être pas commencé à peindre si le graff était une activité pratiquée par tout le monde… sauf qu’aujourd’hui force est de constater que même si ça reste une pratique un peu marginale elle ne l’est plus totalement… Tu vas dans n’importe quelle région de France il y a des graffeurs, et à l’autre bout de l’Atlantique aussi. Les graffeurs sont de plus en plus nombreux que ce soit dans l’aspect légal ou vandale, et le graff est tellement plus médiatisé que j’ai pas l’impression que c’est toujours aussi anticonformiste que ça l’a été…

Par contre même si je parle de langage universel je ne crois pas vraiment aux « valeurs universelles » dans le sens où je pense qu’il y a autant de valeurs et de visions du graff qu’il y a de graffeurs… et ma vision n’est pas idyllique non plus, loin de là… Il y a pleins de d’aspects qui me saoulent notamment dans la communauté (par exemple les concours de couilles, les problèmes d’égo, ceux qui se la racontent trop et qui s’inventent des vies alors qu’ils ne font rien, les starlettes…) mais j’essaye de ne pas perdre mon temps avec ça, je préfère me focaliser sur les aspects du graff et surtout les gens qui me plaisent, c’est peut être pour ça que ma vision est plutôt positive…

Montru00E9al cupcake Montréal / 2014
graffeuse-wuna-montreal-2014-2 Montréal / 2014

– Le graff ou tag dont tu es la plus fière ?

Pas encore fait, mais ça viendra…

– Certaines graffeuses t’intéressent ? (tous pays, supports confondus)

J’ai envie de répondre que c’est avant tout le travail de la personne qui m’intéresse et pas son genre, mais honnêtement quand je vois une meuf qui déchire ça me fait encore plus kiffer que quand c’est un mec. Je ne sais pas si c’est par fraternité ou simplement parce-que ça me motive, mais ça me fait toujours plaisir de voir des filles qui sont en place dans des milieux majoritairement masculins (que ce soit dans le graffiti ou ailleurs). Parce-que je sais que ce n’est pas toujours évident, que ça demande beaucoup de travail et un dépassement de soi constant pour faire toujours mieux, et qu’il faut souvent tracer son chemin à coup de sabre pour faire sa place et avoir un minimum de respect. C’est encourageant de voir des graffeuses qui ne se contentent pas de se dire « je suis une fille alors je peux faire un graff pourri et poser à moitié à poil devant pour que les gens kiffent », mais qui travaillent fort pour faire aussi bien ou mieux que les hommes, sans se laisser atteindre ni décourager par les rageux de services.

Pour les graffeuses qui m’intéressent le plus, il y a d’abord toutes mes amies, toutes celles avec qui j’ai pu peindre et échanger, avec qui je suis encore en contact ou non… Sinon j’aime beaucoup les styles de Rosy One, Faith47, Lylea, Tyles (ses phrases sur les frets m’ont mis une grosse claque !) pour n’en citer que quelques-unes. J’adore aussi voir les graffs vandales de mes congénères qui ont eu les tripes d’aller se poser là où beaucoup auraient passé leurs chemin. Et puis toute la nouvelle génération des filles en Égypte ou en Afghanistan comme Shamsia Hassani ou Malina (qui a dû quitter son pays pour échapper à la pression familiale car elle faisait du graffiti…c’est là que tu te dis qu’on n’a pas toutes les mêmes réalités)… Ces filles prennent des risques énormes pour peindre dans des pays où la liberté d’expression est aux antipodes de la nôtre. Ça remet toujours un peu en place quand tu vois que nous, en Europe, on fait les malins parce-qu’on est fier de taper un gros wall ou un train, alors qu’au fond, les risques qu’on prend et leurs conséquences sont bien ridicules à côté de ceux que prennent ces filles-là.

– Des regrets ?

Non, je ne crois pas, et puis pas le temps pour ça.

– Des mauvaises expériences ?

J’ai eu des expériences pas très agréables, des interpellations musclées par des flics qui jouent les cowboys pour se donner l’impression qu’ils ont des grosses couilles, mais bon ça fait partie du jeu, ça ne m’a jamais découragée. Par miracle cela n’a jamais fini en garde à vue.

– Puisqu’on parle principalement d’une discipline illégale, le vol est-il une pratique que tu connais, ou pas ?

Non, je ne suis pas super à l’aise avec ça. Pour peindre gratos je préfère me débrouiller pour me faire inviter à des événements ou sur des plans où je peux récupérer des sprays gratuites. Ça devient de plus en plus rare que je paye mes bombes, et j’espère que ça va continuer comme ça…

– As-tu d’autres occupations, intérêts, auxquels tu consacres du temps régulièrement ?

La danse, et notamment le breakdance qui est ma seconde passion, je m’y suis remise il y a deux ans après des années d’arrêt… Puis les voyages, dès que je le peux je bouge à l’étranger, découvrir de nouveaux coins, de nouveaux potes et de nouveaux spots.

– Tu peins toujours ? Si non, comment se passe ta vie sans le graffiti ?

Je peins toujours. Même si mon rythme a un peu ralenti depuis que je vis à Montréal. L’hiver très rude et les aléas de la vie y sont pour beaucoup. Mais c’est juste un ralentissement passager… ça n’empêche que dès que j’en ai l’occase je prends les sprays et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Je suis loin d’être blasée, puis j’ai encore beaucoup de chemin à faire.

– Tu dessines beaucoup ? As-tu besoin de dessin sous les yeux quand tu peins ?

Je dessine mais pas régulièrement du tout, d’ailleurs il faudrait vraiment que je m’y remette…. Il n’y a pas de secret, y a qu’en grattant qu’on progresse…
Je n’ai pas forcément besoin d’un dessin sous les yeux quand je peins, mais j’avoue qu’avec un sketch les résultats sont toujours mieux. En général quand j’improvise je suis toujours un peu déçue du final, donc j’essaye de plus en plus de sketcher un petit truc avant de peindre.

graffeuse-wuna-montreal-2014-3 Montréal / 2014
graffeuse-wuna-nantes-2012 Nantes / 2012
graffeuse-wuna-montreal-2014 Montréal / 2014

– Ton top 5 en chansons ?

– Neva Faded / Lords Of the Underground
– Feather / Nujabes
– Just the two of us / Bill Withers + Grover Washington Jr
– Bugging out / A tribe called quest:
– I told ya / East

– Une pièce que tu as vue et qui t’a marquée (en vrai ou en photo)

Pfffiouu plein… Comme je l’ai dit plus haut, les pièces de la Trueskool que j’ai découvert dans les rues de Toulouse en 2001 m’ont profondément marquées. Et aujourd’hui, avec internet je me prends des impacts visuels chaque jour quand j’allume mon pc, le problème c’est qu’on peut y voir tellement de prods stylées qu’on les oublie rapidement et puis ça n’a pas l’impact d’une vraie pièce grandeur nature.

– Tu suis l’actualité, l’évolution du graffiti dans ta ville, ou même en France ?

Oui, mais pas vraiment de manière assidue… Je m’intéresse surtout à ce que font mes potes, les gens que je connais… le reste je le suis mais avec plus ou moins d’intérêt et de régularité.

– Des graffeurs, graffeuses actuel(le)s que tu as retenus ?

Pleins ! Miedo, Hombre, Mone 78, Serval, Wilow, Sly2, Skore79, Spen 1, El seed…