Interview # JUNE

June me répond court et direct, mais on en sait un peu plus sur son parcours et sa motivation : 17 ans de graffiti, c’est pas rien !

– noms : June, String, Biceps
– dates d’activité : depuis 1997
– crews : FAV, TG, TFG, C4, IBS
– âge : 35 ans
– ville : Lyon d’origine, mais aussi Toulouse, Montpellier et Bruxelles

– Quand et Comment as-tu découvert le graffiti ?
– Quand as-tu commencé? Comment, pourquoi le passage à l’action ? Dans quel état d’esprit ?

Je trainais pas mal à cette époque, et notamment avec des b-boys lyonnais, impliqués dans le mouvement graffiti aussi, ça a été juste la révélation. (Big up Loop, Oshe, Daly)
J'ai commencé toute seule, un soir de "rien à faire", j’ai pris un marqueur et je suis sortie. Je me suis d’ailleurs fait arrêter ce même soir…

– Que cherchais-tu à faire dans ce mode d’expression ? Tu le vois toujours de la même manière ?

Pour être tout à fait honnête, à l’époque c’était juste une façon d’occuper le temps. Et aujourd’hui c’est un peu la même chose : au lieu d’aller au ciné ou faire du shopping, je vais peindre. Ça me permet de décompresser, de quitter mon « monde professionnel ». Aujourd’hui, même combat. Planifier une mission, c’est l’éclairage de ma journée.

– Ton 1er tag / graff, tu t’en souviens ?

C’était une porte à Lyon…Comme je te disais, je me suis fait choper, inexpérience…..J’avais fait un lettrage pourri sur une porte.

J’ai souvent entendu « je me suis fait choper alors maintenant je fais du légal » . Qu’est-ce que tu t’es dit pour cette 1ère, où tu as eu à la fois le déclic du 1er tag, et le retour à la réalité par l’arrestation ?

Je dirais que le fait de m’être fait choper lors de ma « 1ère fois » ça m’a encore plus motivée. J’ai trouvé les flics cons…ahah…

graffeuse-june-toulouse-1999 Toulouse / 1999
graffeuse-june-toulouse-1999-2 Toulouse / 1999
graffeuse-june-venise-1999 Venise / 1999

– Comment as-tu choisi ton / tes nom(s) ?

June, ça vient d’un ami disparu qui m’avait surnommée comme ça. String, parce que je kiffe les lettres et que Sexy c’était déjà pris ! Il était hors de question pour moi de mettre un « miss » ou « lady je-sais-pas-quoi » devant mon nom, j’ai essayé de faire avec.

– As-tu gardé les photos de tes 1ers graffs ?

Même pas, à l’époque c’était appareil argentique, ça coutait cher, et vu la qualité produite, c’est pas vraiment une grande perte.

– Ton domaine de prédilection, les supports que tu préfères…

Ce que je préfère, c’est le tag au fat cap, j’aimais le train aussi mais je me fais vieille, plus trop le temps et plus la foi pour les gardes à vue, mais je ne dis jamais non à un mur-barbecue-bière-chill avec les potes : le meilleur moment pour planifier la suite.

graffeuse-june-niort-2000 Niort / 2000
graffeuse-june-toulouse-2001 Toulouse / 2001

– Ton champ d’action géographique ?

Comme dirait mon frère Persu, j’suis de partout, j’habite nulle part !

– Dès que tu as commencé à graffer, ou plus tard, t’es-tu intéressée à l’histoire du graffiti ?

Je m’y suis intéressée avant, en fait. Là d’où je viens, c’était surtout Paris notre référence, à l’époque. Il n’y avait pas internet, et les magazines, c’était cher, et rare.

– Es-tu une carriériste du graffiti ?

Jamais. Mais par contre, j’ai vraiment du mal à arrêter, et ça me démange souvent, alors j’y vais. Je n’arrêterai jamais. Je n’ai jamais essayé d’être une « star » du graffiti, juste d’apporter ma pierre à l’édifice. Et je continuerai jusqu’à ce que mort s’en suive.

– Avec qui as-tu bougé dans ta carrière ? Les rencontres qui t’ont marquée ?

Avec pas mal de monde, mais Persu avant tout, ça reste mon meilleur pote après presque 20 ans, l’équipe Toulousaine de l’époque (Tank, Hoax, Tez, Zone), Sonik, les gars de Budapest (Nikon, Tish), de Zagreb (Obelics)…surtout…et maintenant à Bruxelles, Altes, entre autres, sinon, les gars des TFG.

graffeuse-june-montpellier-2003 Montpellier / 2003
graffeuse-june-lyon-2006 Lyon / 2006

– Comment définis-tu ton style ? Qui/quoi t’inspire, t’a inspirée ?

C’est foutraque. Je dessine peu, des fois je reste 6 mois sans faire une esquisse mais je me nourris de mon environnement quotidien, je reprends le stylo, et hop. J’essaye de faire ce qui me correspond sur le moment. Une des caractéristiques pourrait être que je travaille avec peu de couleurs, j’aime les aplats, faire des effets me saoule vite. C’est peut être de la fainéantise……. J’ai été une grande fan de l’école bordelaise des années 2000 (Pum, Charlie57, entres autres), sinon j’aime bien la façon de traiter la lettre des Berlinois et des Praguois. Sinon, Persu, toujours….

– As-tu des thèmes récurrents, des associations de couleurs préférées ?

Je n’aime pas les fresques a thème, mais par contre, j’aime les associations de couleur improbables, tant que ça claque : du rose avec du vert, du jaune fiesta avec du violet saupoudré d’orange…carnaval de Rio, parfois, mais ça me va.

– Comment vois-tu le graffiti dans son essence même ? (l’acte de graffer/taguer, le style, le graffiti en tant qu’art ou pas, dans la société….)

Je sais pas comment répondre a cette question. Pour moi le graffiti n’est pas un « art », c’est le graffiti, point. J’ai du mal avec sa transposition en galerie car pour moi 95% des gens qui font ça ne sont ni légitimes, ni graffiti artistes d’ailleurs. Mais en ce qui concerne le débat de la « pollution », du vandalisme…oui, je revendique le vandalisme, les gens qui me disent « oui ce graffiti là c’est joli mais la signature c’est moche », ça me fait rire, et oui, je suis intégrée, je gagne bien ma vie et j’ai un métier « socialement » reconnu, voire plus puisque je travaille au coeur même des institutions……comme quoi ce n’est pas antinomique.

Donc c’est un peu un dédoublement de personnalité qui se passe quand tu graffes ? Un côté « institutionnel », l’autre côté « anarchiste » ? Ca t’apporte un certain équilibre ?

Oui, c’est un équilibre, c’est certain.
Maintenant, dédoublement de personnalité, non. Quoique. Je ne sais pas trop, c’est compliqué comme question, je suis très sérieuse dans mon boulot, j’ai un certain statut social, je suis en représentation. Quand je peins, je suis plus « moi même » on va dire. Mais je trouve que c’est indissociable : je ne pourrais pas être une cassoss du vandale, tout comme je ne pourrais pas être juste « la nana que je suis dans mon boulot »…mais je pense que plein de gens ont ce type de « double vie ». Le graffiti me permet aussi de combattre une certaine forme d’autisme, de timidité.

– Le graff ou tag dont tu es la plus fière ?

Un énorme chrome de 60m avec les TG, sur les bords de la Garonne…plus pour l’action en elle même que pour la pièce.

– Certaines graffeuses t’intéressent ? (tous pays, supports confondus)

Le travail des filles dans le graffiti m’intéresse mais pas parce-que ce sont des filles. J’adore ce que fait Mary par exemple, mais si ça avait été un mec, j’aurais apprécié tout autant. Pour moi il n’y a pas du graffiti de filles et du graffiti de mecs. Même si c’est plus compliqué de se faire sa place en tant que fille. Et que certaines nanas sont vraiment dans un mode pourri par rapport à ça : qu’elles restent là où elles sont.

– Des regrets ?

Aucun, au contraire. Grâce au graffiti j’ai voyagé, rencontré des gens, noué des amitiés, rencontré mon homme…et bâti ma carrière, aussi surprenant que ça puisse paraitre.

– Des mauvaises expériences ?

Quelques unes, en rue notamment. Avec des justiciers urbains….(allez vous occuper de vos familles, bordel !) Une garde a vue a Montpellier, particulièrement difficile, avec un flic nazi qui aimait bien montrer sa supériorité physique…

– Puisqu’on parle principalement d’une discipline illégale, le vol est-il une pratique que tu connais, ou pas ?

Je connais, mais je ne pratique plus.

– As-tu d’autres occupations, intérêts, auxquels tu consacres du temps régulièrement ?

Je suis bénévole dans une association d’aide aux prostitué(e)s, et je continue à peindre pour moi.

Le bénévolat c’est dans la continuité du graffiti, acte gratuit et désintéressé ?

Disons que j’ai besoin de donner un sens a certaines choses, et que je suis révoltée de manière générale. C’est ma façon de dire « merde », alors que dans la vie, dans mon travail notamment, je suis soumise à une certaine obligation de neutralité. Et donner de mon temps et de moi-même, surtout dans quelque chose qui me tient a coeur, c’est important pour moi.

-Tu peins toujours ? Si non, comment se passe ta vie sans le graffiti ?

Oui, je peins toujours, je n’arrive pas a décrocher, même après des périodes sans, j’y reviens toujours. Ma vie, c’est le graffiti. Je me repère à ça dans la ville, je peins au moins une fois par semaine. Si un jour j’ai un enfant, on verra. Mais je ne pense pas que ça changera quoi que soit.

SAMSUNG Bruxelles / 2013
graffeuse-june-belgique-2014 Belgique / 2014

– Expériences de garde à vue ?

Quelques unes (big up aux flics de Toulouse, incompétents notoires), et à ceux de Montpellier, brutes reconnues. Depuis, je cours plus vite.

– Tu dessines beaucoup ? as-tu besoin de dessin sous les yeux quand tu peins ?

Non, je dessine peu, et je ne prends jamais d’esquisse quand je peins.

– Ton top 5 musical ?

« Down in Mexico » / The Coasters
« Spanish Harlem » / Aretha Franklin
« You really got a hold on me » / Smokey Robinson
« 2 dope boys in a Cadillac » / Outkast
« Ain’t no fun » / Snoop Dog

– Une pièce que tu as vue et qui t’a marquée (en vrai ou en photo)

Une pièce d’Espo a New York, sur un store…c’était fat, et c’était fou !

– tu suis l’actualité, l’évolution du graffiti dans ta ville, ou même en France ? De quelle manière ? Des
graffeurs, graffeuses actuel(le)s que tu as retenus ?


Par le biais du crew (IBS), je suis, oui…actuellement, j’aime bien les Blow, et les Nawas.

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