Interview # CAMO

Aux supports illégaux qu’elle a testé en début d’activité, Camo a préféré l’ambiance tranquille des terrains qu’elle partage avec ses amis. Et elle assume !

– nom(s) : Camo, Banjo, Geil
– dates d’activité : depuis 2003
– crew(s) : BR, GPL, 8U, FAV, IBS….et tous ceux inventés saouls qui durent le temps d’une soirée !
– âge : 28 ans
– ville : Nantes


– Quand et Comment as-tu découvert le graffiti ?
– Quand as-tu commencé? Comment, pourquoi le passage à l’action ? Dans quel état d’esprit ?

Avec des nouveaux potes lors d’une saison de taff l’été 2003, je découvre le tag. Je suis nulle, le tag ça n’a jamais été mon truc. Puis un jour je vais voir ma pote PONY peindre, je glandais derrière elle à discuter. A un moment elle m’a dit « vas-y, prend des bombes, essaie ! ». Et j’ai jamais arrêté après.

– Que cherchais-tu à faire dans ce mode d’expression ? Tu le vois toujours de la même manière ?

Au début c’était un passe-temps, puis un défouloir. Dernièrement c’est limite devenu une corvée, j’ai plus le temps !

– La 1ère bombe ou le 1er marqueur que tu as tenu en main, ton 1er tag / graff, tu t’en souviens ? Dans quelle ville et sur quel support ?

J’ai fait mon premier tag à Angles, dans le camping municipal avec mes potes Moka et Jacob, sur les WC publics du bled et sur des feuilles et des feuilles de bloc notes.
Mon premier graff, sous un tunnel avec ma pote PONY et son frère KILT, à La Roche-sur-Yon pas loin de Nantes, sur un mur légal. C’était une bouteille de lait, à l’époque je posais MILK, comme 3/4 des meufs qui commencent dans le graff.

– Comment as-tu choisi ton / tes nom(s) ?

Camo c’est en rapport avec mon prénom, Banjo ça part d’une plantade un soir au lieu de dire « BANCO! » comme on avait l’habitude de dire avec des potes j’ai dit « Banjo » et c’est resté (il faut dire qu’à l’époque des Traktor, un crew de potes, on trouvait des blases un peu n’importe comment au gré des soirées et des blagues), Geil c’était en allemagne à Berlin avec mon pote Astre, ça signifie « top bamboule » et « graveleux, vicieux » également, j’avoue que c’est de l’Allemand, j’y comprends rien, j’ai jamais été traduire sur l’interweb, faudrait peut être que je le fasse ça a peut être absolument rien à voir… pas grave.  

ACER Paris / 2007

graffeuse-banjo-nantes-2008 Nantes / 2008

– Quel genre de supports préfères-tu ? Dans quelle ambiance ?

Un bon vieux mur pas trop poreux, pas trop lisse, qui s’effondre pas quand tu racles un peu trop, je suis pas difficile. La tôle et les murs pas plats ça me gave, je suis pas dans le défi ni la prise de tête.
Mon ambiance idéale : terrain vague, barbecue, bières (très important) et buissons pour faire pipi.

– Ton champ d’action géographique ?

De Nantes à Brest, Toulouse, Besançon, Paris, Lille. J’ai été à Berlin aussi pour un jam de filles en 2008. En suisse aussi j’ai peint, à Montréal…enfin quand je pars en vacances je vais chez des copains graffeurs, en Belgique, etc….

sheron-banjo-berlin-2008 Berlin / 2008 feat Sheron

– Dès que tu as commencé à graffer, ou plus tard, t’es-tu intéressée à l’histoire du graffiti ?

Franchement je m’y suis jamais intéressée, j’ai dû acheter un magazine de graff dans toute ma vie (un Non-Stop) pour le modèle de train qu’il y avait dessus parce-que c’était mon préféré. Les blazes je retiens pas, je retiens que les blazes des gens que j’ai rencontré et encore… j’ai une mémoire de poisson rouge, c’est flippant. Les histoires en mode « Voici » du graffiti ça me fait marrer (c’est mon côté putasse) mais sinon ça ne m’intéresse pas vraiment.

– Es-tu une carriériste du graffiti ? ou plutôt en temps partiel ?

Je ne suis pas une carriériste du graff, je suis à temps partiel, voire limite en congé maternité depuis 2 ans vu ma non-activité dans ce domaine ! Je ne me suis jamais permise de penser que j’avais du talent et que je pourrais en vivre ou faire des expos ou des plans déco, j’avoue que si on me propose un jam ça va mais si on m’invite en Pologne pour peindre un pignon d’immeuble je serais bien stress de me chier dessus!

– Avec qui as-tu bougé dans ta carrière ? Les rencontres qui t’ont marquée…

J’avoue que j’ai rencontré beaucoup de monde, c’est une activité (car pour moi c’est un passe-temps, pas une passion) qui permet de rentrer en contact avec énormément de gens. Je ne pourrai jamais faire une liste de toutes les personnes que j’ai découvert. Ceux qui m’ont marquée sont ceux qui sont restés de vrais amis, ou qui m’ont permis de vivre des choses vraiment cool : Astre et Sheron de Berlin, Dirti avec qui j’ai commencé, Persu, Pony, Paella, Fluor, Bikini, Isma, etc…et le meilleur pour la fin : celui avec qui j’ai évolué et qui partage ma vie et me supporte : Aise.

J’ai du mal à concevoir le fait que le graffiti puisse être un passe-temps, tu peux m’expliquer comment tu fais pour avoir un tel recul sur la discipline ? Question de personnalité, de vision de la vie ?

En fait au début c’était un loisir, mais un truc qui me tenait plus à coeur que la pâte à modeler ou les bracelets en perles par exemple. Et puis j’ai commencé à rencontrer d’autres gens dans le graffiti, et très vite je me suis rendue compte que les graffeurs, malgré le côté « underground » étaient pas mal fiers d’eux, voire arrogants, à se la raconter « ouais j’ai fais pas mal de panels, blablabla… », et j’ai toujours détesté les gens prétentieux et pédants, ça m’horripile. J’ai beau paraître grande gueule je suis une vraie fillette au fond et les gens qui s’imposent ça me met très mal à l’aise. Du coup débarquer dans un monde essentiellement masculin où c’est souvent un concours de couilles, ça m’a vite gavée. Cela dit j’ai quand même réussi à rencontrer des tas de gens cools pas prise de tête avec qui le graff c’est la fiesta et on n’est pas là pour pisser sur les plates bandes des autres, je me suis fait de très bons amis, faut pas non plus généraliser ! À une époque je faisais des graffs pour me foutre gentiment de tous ces gens qui se la pétaient autour de moi, je faisais des pièces « Camo est géniale », « Camo est drôle », « Camo est sympa », etc… mais personne n’a compris ma démarche, en même temps je crois que c’est la première fois que je l’explique…(shah, j’aurais du choisir buse3000 comme blase…) Et puis après j’ai fait en sorte que le graff n’ait jamais une part trop imposante dans ma vie : j’ai pas fait beaucoup d’études (quasi pas en fait), j’ai bossé très vite avec un taff prenant où j’avais pas forcément mes week-ends de libre donc j’ai vite pris du recul par rapport à tout ça (en plus d’une mésaventure en 2008 que j’ai pas envie d’évoquer et qui m’a fait du tort mais beaucoup relativiser). J’estime avoir quand même fait pas mal de pièces, j’étais assez productive entre 2005-2008 mais voilà, on se fixe d’autres priorités, les histoires dans ce milieu et ma personnalité on fait que j’ai jamais voulu y attacher trop d’importance pour me protéger, même si le graffiti englobe ma vie au final.

graffeuse-camo-nantes-2008 Nantes / 2008

graffeuse-camo-nantes-2009 Nantes / 2009

– Comment définis-tu ton style ? Qui/quoi t’inspire, t’a inspiré ?

Mon style est simple : enfantin et consanguin. J’ai une façon de faire mes traits qui font que beaucoup croient que je fais du pinceau, et bien non c’est uniquement à la spray. Je ne travaille pas (ou très peu) les lettres mais les contours, les effets. Je ne dessine presque jamais, c’est souvent de l’impro. Je m’inspire des dessins des gosses ou de trucs que je vois dans la rue : des tags de gamins ou de mecs bourrés, des dessins exposés sur les vitres des écoles primaires,des pubs débiles, des formes chelous que tu peux voir sur un mur et où tu vois un dessin apparaitre grâce au pouvoir de l’imagination (je parle comme Bob l’éponge).

– Je t’avouerais que je n’aime pas vraiment le style ignorant, mais je reconnais que c’est assez travaillé, ça m’intrigue souvent. C’est un peu effet Kiss Cool, cette contradiction entre le type dessin d’enfant comme tu dis, et le temps passé sur les détails. Ça ne te dérange pas d’être automatiquement associée à un mouvement particulier du graffiti ?

C’est drôle parce que-pour les wildstylers je fais de l’ignorant, et pour les gens qui font de l’ignorant je fais pas vraiment partie de ce style… perso j’ai jamais considéré que je faisais partie de je ne sais quel type de graff, je m’en fous royal de pas avoir un style prédéfini, du moment que je prends du plaisir à peindre c’est tout. Et que les gens avec qui je peins n’aient pas du tout le même genre de graff que moi je m’en contrefiche, c’est la personne qui m’intéresse, pas ce qu’elle fait. Je sais faire des traits propres et droits, je pourrais travailler les lettres mais c’est pas mon truc. L’avantage c’est qu’on sait quand j’ai fait une pièce, les gens reconnaissent direct mes graffs, c’est une petite fierté d’avoir mon propre style (sans vouloir me la donner bien sûr !)

– As-tu des thèmes récurrents, des associations de couleurs préférées ?

Le thème : fantaisie colorée (haha, c’est nul !). On a fait une fresque un jour qui avait pour thème : obstruction vaginale pour croquettes de chiens et taupes tropicales. Et bien j’ai cartonné avec ma pote Bikini ! On n’a pas de limite!
Sinon en couleurs c’est jaune-orange-rouge, et tout ce qui est pimpant.

– Comment vois-tu le graffiti dans son essence même ? (l’acte de graffer/taguer, le style, le graffiti en tant qu’art ou pas, dans la société….)

Là j’avoue que je sais pas trop quoi répondre… c’est une façon de montrer une part de sa personnalité ? ou de se la péter ? ou de vendre des toiles pour se faire des ronds? ahah j’avoue que ça avait un côté « rebelle » à une époque, un peu incompris, punk, je sais pas trop comment définir, je trouve pas les bons mots. En soi ça fait monter l’adrénaline sur certaines actions et ça a un côté exaltant. Nous on fait ça avec de la peinture, d’autres c’est la musique, d’autres des blogs sur les chats, chacun sa manière de s’accomplir vraiment dans un domaine qui lui correspond et à sa façon.

– Le graff ou tag dont tu es la plus fière

Un Camo que j’ai fait à Brest, je le trouvais cool (ce qui est rare). Je me rappelle c’était un mur avec Aise, Tyloo, Pax 49, Sider, Torpen et Dirti.
Sinon les combinaisons au pulvérisateur que l’on fait avec Aise, on a beau avoir des styles complètement différents, on s’associe bien sous le nom de « Game Over ».

– J’ai vu ça oui, j’aime beaucoup le rendu… c’est quoi le concept ?

Honnêtement quand je suis arrivée sur le mur j’avais juste une liste de trucs à faire pour cette pièce: toiles d’araignée, pyramide, nuage avec éclair, etc… j’avais décidé de faire un graff avec tous les symboles qui tournaient à cette période sur les fresques, pour après pouvoir rigoler sur le fait de dire : « ouais j’ai déjà fait un graff avec ça ! », du coup j’ai accumulé pas mal de détails et au final je trouvais ça bien (au delà de la blague de départ).

graffeuse-camo-aise-mite-aquitaine-2011 Aquitaine / 2011 feat Aise et Mite

graffeuse-camo-aise-mite-aquitaine2-2011 Aquitaine / 2011 feat Aise et Mite

– Certaines graffeuses t’intéressent ? (tous pays, supports confondus)

Ma pote Sheron de Berlin, c’est la première fois que j’ai pu peindre avec un fille qui a un style « ignorant ». Il y a Fefe aussi qui a un univers qui cartonne. MadC qui fout une mandale à pas mal de wildstylers. Après je connais peu de filles en France avec qui j’ai peint mais au moins on a toutes un caractère et un minimum de couilles, peu importe nos styles !
A ce propos, il faut savoir que j’ai mon complexe d’infériorité à Nantes, mes potes ne m’ont jamais prise au sérieux dans le graffiti, on m’a pas mal taquinée sur le « t’es pas vraiment une graffeuse », je faisais style que ça me touchait pas mais ça m’a toujours blessée et j’ai jamais réussi à m’imposer alors que partout ailleurs on m’invitait en soirée ou sur des murs et on respectait un minimum ce que je faisais et qui j’étais. Je pense que ça vient pas mal aussi du fait que quand t’es une fille et que la plupart des gens que tu côtoies peignent il y a de grandes chances que tu sortes avec un graffeur et très vite le côté patriarcal de notre société revient au galop et tu te retrouves vite définie en tant que « meuf de ». Else parle dans son interview d’entendre des gens dire à propos de ses pièces « je croyais que c’était un mec » et j’avoue moi-même ça me faisais plaisir d’entendre ça parce que tu considères que les gens évaluent ta pièce en elle même et pas le fait que tu sois une fille. Inversement quand tu te retrouves à dire « je fais du graff » direct t’as la réflexion « ah ouais tu peins des personnages de filles comme Fafi ! », la réflexion qui me met hors de moi et à laquelle j’ai juste envie d’être méchante, je déteste qu’on me catalogue juste parce que je suis une fille et que de ce fait je devrais forcément faire comme la meuf connue dans le graff en France, ce à quoi le mec rajoute souvent histoire de s’enfoncer: « en plus elle est trop bonne ». Putain est-ce que nous on parle du cul des mecs sur les photos de graffs ? On devrait parasiter nous aussi les blogs graffiti en commentant les photos in action par des « pas mal le boule ! » « il a l’air sacrément harnaché le coquin » et ne rien dire sur les pièces. Tu vois la base du site Graffgirlz était chanmé et ça a commencé à être assailli par des meufs qui peignaient depuis 3 mois parce qu’elles étaient sorties avec des graffeurs et elle passaient leur temps à envoyer des tonnes de photos d’elles en bikini en train de peindre des bouses pour se la jouer « ouais je fais du graff et je suis trop bonne ». Meuf respecte toi un minimum et peut être que tu deviendras vraiment intéressante ! En fait être une fille dans le graffiti c’est pas simple : il faut avoir un minimum de corones pour se faire une place sans être jugée sur ton sexe, c’est sûrement pour ça que toutes les « vraies » graffeuses (je parle des meufs qui peignent pour elles et pas pour se donner un style) ont un caractère bien trempé, et j’aime ça ! Sinon pour être connue tu peux toujours coucher ça peut peut-être marcher mais en étant cataloguée pute du graffiti et le mot « pomper » un style prendra tout son sens (ouah punaise je me suis surpassée pour cette vanne).

– Des mauvaises expériences ?

Nein, même mon arrestation à St Ouen le jour de mes 20 ans, j’ai trouvé ça drôle, c’était une expérience débile, les gendarmes étaient cinglés (surtout les meufs, complexe d’infériorité peut-être…)

– As-tu d’autres occupations, intérêts, auxquels tu consacres du temps régulièrement ?

Ma naine, les copains, le taff, la bière, et le graffiti et ses ragots débiles.

– Tu peins toujours ? Si non, comment se passe ta vie sans le graffiti ?

Quasiment plus. une à deux fois par an depuis 2012. La honte je sais… J’essaie de faire des efforts pour faire des pièces avec mon mec car nos combinaisons sont vraiment cool et ça me change, ça me faire travailler différemment et j’aime ça, c’est hyper intéressant.

– Tu dessines beaucoup ? as-tu besoin de dessin sous les yeux quand tu peins ?

Hein, j’aime pas dessiner, ça me gonfle, je laisse ça à ceux qui savent sketcher.

– Ton top 5 musical ?

Bohemian Rhapsody / Queen (je suis une grande fan de Queen)
I’m so bored with the USA ou Rock the Casbah / The Clash
Distractions / Zero 7 (mon côté sentimental)
Disparate Youth / Santigold
et parce-que c’est une interview « fille » : Bad Girls / M.I.A.

– Une pièce que tu as vue et qui t’a marquée (en vrai ou en photo)…

Toutes les démos en magasins Ikea (pardon c’est nul). Non sérieusement les pièces de Kazy et celles de l’Outsider défoncent toutes. Les Zoer et Velvet aussi. Obisk également est très fort.

– Tu suis l’actualité, l’évolution du graffiti dans ta ville, ou même en France ? De quelle manière ? Des graffeurs, graffeuses actuel(le)s que tu as retenus ?

Oui bien sûr : mon mec est toujours actif. 90% de mes potes sont graffeurs donc forcément je suis au courant de pas mal d’actualités. Les nouveaux arrivants je les connais pas mais le manque de respect évident dont ils font preuve m’agace énormément (toy sur les voies ferrées et dans la rue). Nantes est une ville assez cool au niveau du graff, on a de quoi peindre, on se connaît tous, il y a eu des embrouilles à une époque mais tout ça est derrière désormais, quand on se croise en soirée c’est la fête.
Il y a une valeur montante à Nantes qui vaut le détour : ORIBLE (pas mal de toits en couleur, de la qualité). C’est vrai qu’on l’a connu quand il avait 12 ans sur les terrains donc c’est devenu mon chaton mais il a beaucoup de talent !

graffeuse-camo-nantes-2010 Nantes / 2010

graffeuse-camo-banjo-nantes-2010 Nantes / 2010 feat Gemma Corell

graffeuse-camo-2012 Nantes / 2012

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