Interview # TYLES

Pour cette 3ème interview, place à la jeunesse : Tyles a déjà parcouru son petit bout de chemin et compte bien le prolonger…

– nom : TYLES
– dates d’activité : depuis 2006
– âge : 23
– région : Nord

– Quand et Comment as-tu découvert le graffiti ?

Un peu bêtement en fait. J’avais une quinzaine d’années et mon frère gravait ses CD. Et donc pour inscrire le nom de l’artiste il faisait des petits lettrages. Mais pour lui ça n’a jamais été plus loin : et moi, en petite soeur qu’il se doit, je voulais faire comme lui et j’essayais de reproduire ses dessins. Et c’est parti comme ça !
Plus tard, je voyais les graffs dans ma ville. Au début tu comprends pas trop, tu te demandes « mais merde comment ils font ça, et les toits, comment ils vont là-haut ? » Du coup ça m’a plu tout de suite, un côté challenge et un côté mystérieux.

– Quand as-tu commencé ? Comment, pourquoi le passage à l’action, dans quel état d’esprit ?

J’ai commencé en 2006-2007 pour les murs. J’ai sketché quelques temps avant, je ne sais plus quand exactement, disons quelques mois avant de commencer à peindre sur murs.
Je me disais que si j’arrivais sur un mur et que je lâchais une pièce pas travaillée, je n’irais pas loin.
Je regardais pas mal les magazines à l’époque, j’allais m’installer à la Fnac pour regarder les livres sur le graff, voir un peu ce qui se passait ailleurs. Et puis j’ai rencontré quelques personnes de ma ville et c’était parti. Il y avait une bonne motivation de la part de chacun à l’époque, c’était sympa.
Je me suis mise au vandal peu de temps après : et là tu deviens vite accro. Pendant une période, je ne pensais qu’à ça, je ne côtoyais que des graffeurs et les autres ne m’intéressaient pas. Ça peut vite te couper du monde extérieur si tu n’y fais pas gaffe. Depuis ça a changé bien sûr, j’essaie d’évoluer dans les deux aspects du graffiti et ça me fait toujours plaisir de rencontrer et discuter avec d’autres acteurs du mouvement. Je pense qu’on apprend un peu de chacun, les bonnes comme les mauvaises rencontres. Après c’est difficile d’arrêter le vandal, une fois que tu as goûté cette sensation, tu as du mal à t’en passer. Il y en a qui n’apprécient pas du tout et je peux le concevoir, mais pour ma part je ne me vois pas qu’en terrain.

graffeuse-Tyles-Paris - 2007 Paris / 2007

– Que cherchais-tu à faire dans ce mode d’expression ? Tu le vois toujours de la même manière ?

La première chose qui m’a intéressée dans ce milieu c’est avant tout le fait que ça soit hors norme, assez fermé quand on n’est pas impliqué dedans et surtout rempli de mystère quand tu commences. Et j’aimais cette impression de me sentir un peu à part et à l’écart, alors que tout le monde s’en tape de ce que tu fais. La plupart des gens n’y trouve aucun intérêt, même si ça a tendance à changer avec l’entrée du graffiti dans les galeries par exemple. Pour ma part, je faisais ça par plaisir, ça ne me dérangeait pas de me taper deux heures de transport à galérer pour aller faire ma peinture en solo dans mon coin.
C’est peut-être une question d’ego aussi. Sûrement même. Mais en vandal par exemple, j’aimais repasser là où j’avais posé, voir ma trace, ou alors que quelqu’un me parle d’une pièce qu’il a vu. Tout le monde a un peu de ça en lui je pense. Alors qu’au final, ça reste de la peinture sur un mur, ça n’a rien d’extraordinaire. Au début, ma motivation, c’était la découverte. Tu découvres de nouveaux spots. Tu rencontres des graffeurs dont tu regardais les pièces en commençant. Tu es parfois déçue
d’ailleurs, un mec qui va te sortir des tueries et qui se révèle être un gros connard, ça m’est déjà arrivé. Et là quand tu es toute jeune tu te dis « merde quel enfoiré ».
Maintenant, il y a encore beaucoup de cette envie de découverte, car j’essaye de voyager un peu, mais au fur et à mesure tu connais un peu mieux le milieu, les bonnes et mauvaises choses qui en font partie. Il y a de tout et c’est impossible de généraliser.

– Ton 1er tag / graff, tu t’en souviens ?

Ah ça oui, une vraie croûte comme il se doit. J’avais essayé de faire compliqué, rajouter des phases partout. Au final, ça ne ressemblait à rien, c’était dégueulasse.

– Ton champ d’action géographique ?

Les premières années, dans la métropole lilloise, ensuite j’ai vécu dans d’autres régions : Vosges, Guyane, et maintenant Réunion. Pour les supports ça va dépendre de la période et des gens avec qui je peins, au feeling. Je suis parfois passée en coup de vent dans d’autres régions, par le biais de connaissances de connaissances qui organisaient des fresques ou autres. C’est un bon côté du graffiti, tu peux te retrouver à peindre avec des gars qui habitent à des centaines de kilomètres et
dont tu ne connaissais pas l’existence la veille.

– Guyane, Réunion… Tu aimes le soleil et la mer ? Comment ça se passe le graffiti par là bas ?

Mais non, j’y vais pour raisons professionnelles, voyons ! Bon oui petit faible pour le soleil. Ce que j’ai retenu de la Guyane, c’est « doucement la matin et pas trop vite l’après-midi », ça me plaisait bien ! C’est vraiment une autre ambiance et un autre mode de vie. Je suis originaire du Nord, donc j’arrive là, c’est le paradis pour moi. J’ai l’impression d’être en vacances quand je sors du taf. Sinon niveau graffiti en Guyane, il n’y en a pas énormément, bien que des associations essayent de faire bouger les choses. D’ailleurs le vandal n’a pas la même connotation qu’en métropole. Ce n’est pas développé, enfin je dis ça c’était il y a quelques années, maintenant les choses ont peut-être changé. Les gens n’avaient pas ce regard négatif que ceux de métropole peuvent souvent avoir sur ce milieu. Tu vas demander aux locaux pour peindre leur mur, au final ça ne va pas les déranger. Ou alors tu vas peindre dans un endroit visible en journée, ça passe dans la plupart des cas. Pour ma part, je n’en ai presque pas fait là-bas, pas mal de taf, donc pendant mes week-ends j’étais plus dans la découverte de la région et des habitants. Je garde un bon souvenir d’une peinture là-bas. C’était près d’un petit coin de pêcheurs, en début de soirée, là où il y a le marché de Cayenne la journée. Des vieux avaient installé un banc devant nous et s’étaient calés là à nous regarder peindre. Et un SDF nous a amené un poste et à manger, alors qu’on n’avait rien demandé. Un très bon souvenir ! Sinon je pense que c’est amené à se développer avec le passage des gens de métropole et le taf des associations pour faire connaître le hip hop aux jeunes, mais ça prendra sûrement quelques années.
Quant à la Réunion, j’y suis depuis un mois, c’est un peu court pour se faire un avis. Mais la scène ici est vraiment sympa et diversifiée, légal comme vandal. Et on croise pas mal de tags ou pièces en ville. Tu vas trouver des spots avec des paysages magnifiques. Il y a aussi des endroits à préserver et que la peinture viendrait gâcher. Je pense que le prix des bombes vient freiner l’élan de certains aussi. Il y a quelques shops mais le matériel est importé du continent, et donc beaucoup plus cher à la revente. Il faut pouvoir se débrouiller autrement. Dans tous les cas, ce n’est pas comparable à la métropole. Le cadre est sympa et tranquille pour peindre. Ce sont des petits bouts de paradis et ça serait dommage de saturer les paysages avec trop de peinture (je parle du vandal), sans pour autant ne rien faire. Et puis pas de trains ici : ça enlève
aussi un côté intéressant du graffiti.

– Tu peins plutôt seule ou accompagnée ?

Pour ce qui est des terrains, ça peut être les deux. J’aime bien prendre mon temps quand j’en fais un, parfois je peux mettre deux jours. Donc voilà, il ne faut pas me presser ! Et puis j’aime bien faire grand, la faute à Hipy ça. Quand je commençais, il m’a dit : « si tu veux de l’impact, fais grand ! » Mais sinon j’aime tout autant peindre entre potes, ou parfois sur des événements aussi, même si c’est beaucoup plus rare.
Après pour ce qui est du vandal, je préfère à deux. Pour moi c’est l’idéal. Et surtout avec une personne en qui tu as confiance. Ça m’est arrivé de me retrouver sur des plans avec des gars que je ne connaissais pas forcément, des gens qui ramenaient d’autres potes à eux, et qui au final foutent le bordel sur le spot ou galèrent. Pour ça, les connexions vandal c’est pas trop mon truc. De temps en temps pourquoi pas, mais ça s’arrête là. Et puis de toute façon, les connexions se font instinctivement. Des gars qui en ont rien à foutre, qui vont te faire un bordel sur le spot se rapprocheront. Tout comme des gars qui sont plus sur leur garde, calculent tout et préparent bien leurs plans. Pour ma part, ça sera plus la deuxième option.

– Comment as-tu choisi ton/tes nom(s) ?

J’étais encore au lycée, c’était pendant un cours d’anglais où je cherchais un nom. J’essayais des lettres, celles qui me plaisaient. Et là, j’entends le prof dire « pitiless », qui signifie « sans pitié ». Ça m’a bien plu, mais c’était un peu long. Du coup c’est devenu Tiless, puis Tiles et maintenant Tyles…
J’ai voulu changer à un moment, les gens de ma ville savaient pour la plupart que j’étais une fille et on me disait souvent « pour une meuf…» ou « comparé à d’autres mecs…», et ça tu en as à longueur de temps quand tu es une femme dans un milieu d’hommes. Ça ne s’applique pas qu’au graffiti, je travaille également dans un secteur masculin. Au bout d’un moment, ça saoule…J’ai donc voulu repartir à zéro avec un blaze qui ne montrait aucune féminité et faire mes peintures dans mon coin. J’ai d’ailleurs fait une ou deux peintures sous le nom de « Bregs ». Mais j’étais trop attachée à mon premier blaze que j’ai finalement gardé.

graffeuse-Tyles-Le Quesnoy - 2012 Le Quesnoy / 2012

– As-tu gardé les photos de tes premiers graffs ?

Bien sûr ! C’est ma petite histoire que je retrouve à travers les photos. Ça me fait marrer de les regarder de temps en temps. Je me dis, mais quelles croûtes je faisais. Et puis c’est toujours sympa de voir l’évolution, de se rappeler des anecdotes de telle ou telle peinture, et les rencontres aussi. C’était l’époque de la grande découverte du début, ta ville, ses coins perdus et méconnus de la plupart des gens, au fur et à mesure tu rencontres tel ou tel graffeur qui te mettait une claque avec ses pièces. Donc du coup, oui j’essaye de conserver une trace de mes premières peintures et même de toutes les autres d’ailleurs, je trouve ça important, même si ça peut rendre nostalgique.

– Ton domaine de prédilection, les supports que tu préfères?

Petite préférence pour les voyageurs. J’adore l’ambiance des dépôts, le genre mission militaire pour aller peindre sa pièce, pendant que tout le monde dort et s’en tape complètement. Tu es dans ton monde et tu calcules pas grand chose à part ce que tu fais sur le coup et les différents bruits que tu entends autour de toi. Tu te fais des films pour pas grand chose. Et puis le must, quand tu vois ton train arriver en gare, ça c’est ta récompense ! Il y en a un surtout où je n’avais pas réussi à prendre à temps ma photo, et c’est vraiment celui que je préférais et qui me tenais à coeur, grosse frustration. Et pas longtemps après, je discutais tranquillement avec une amie
en gare, et là je le vois arriver. Un de mes meilleurs souvenirs.
J’aime aussi un terrain tranquille, en solo ou entre potes. Je trouve ça important de mélanger légal et vandal. Ça me paraît logique d’évoluer dans les deux : l’un complète l’autre et vice versa. Tu gagneras en précision et travail de la lettre dans un terrain, et à l’inverse en vandal, tu devras bien prévoir tes traits, tes couleurs… Pas le droit à l’erreur ou à l’hésitation.
Et autre chose que j’apprécie, le bâché du dimanche. Mi vandal, mi légal. Depuis quelques temps, j’aime bien prendre une phrase ou expression qui me plaît et la retaper dessus. Donc voilà , en gros un peu de tout. Quoique, rue et autoroute ça n’a jamais été mon truc. J’en ai jamais trop fait, c’est comme ça…

– Quel genre de phrases écris-tu sur frets ?

C’est varié, ça peut venir de chansons ou de conversations que j’entends et qui me plaisent bien. Mes premières venaient de la Scred Connexion, un « jamais dans la tendance » et « toujours dans la bonne direction ». Je les trouvais sympas à faire sur un support roulant pour le jeu de mots. Ou d’autres comme « marche à l’ombre » ou « les terribles mangeuses d’hommes », le prochain que j’aimerais faire. C’est une phrase que j’ai entendue cette semaine, dans un reportage sur les amazones. Affaire à suivre…

graffeuse-Tyles-Nord - 2010 Nord / 2010

graffeuse-Tyles-Nord - 2012 (2) Nord / 2012

graffeuse-Tyles-Nord - 2014 Nord / 2014

– Dès que tu as commencé à graffer, ou plus tard, t’es-tu intéressée à l’histoire du graffiti ?

Je t’avoue que je ne m’y suis pas du tout intéressée au début. Je faisais mon petit truc tranquillement dans mon coin. C’est seulement après que j’ai commencé à regarder un peu d’où ça venait, qui avait initié ce mouvement, etc… Mais je préfère de loin m’intéresser à ce qui se passe dans ma ville ou région. Et puis la mémoire et moi, ça fait cinquante.

– Es-tu une carriériste du graffiti ? ou plutôt en temps partiel ?

Carriériste est un bien grand mot. Mon activité va surtout dépendre des périodes. La vie professionnelle peut vite prendre le dessus sur le graffiti, j’essaye maintenant de concilier les deux, mais tu ne peux pas toujours. Je ne comprenais pas vraiment ça quand je commençais, je voyais pas mal de gars arrêter le vandal au bout de quelques années, je me disais, eux ils ne sont pas passionnés, moi je continuerai toute ma vie ! Et maintenant je comprends mieux pourquoi. C’est ce qui m’est arrivé ces deux dernières années, beaucoup de travail et forcément, tu n’arrives pas à tout concilier.
Il doit y en avoir pas mal qui se disent au bout d’un moment, allez c’est fini toutes ces conneries, j’ai ma famille, mon boulot, pas le temps pour ça. Mais pour autant je n’en suis heureusement pas à ce stade, et je ne le veux surtout pas non plus. Ça fait partie de mon quotidien et j’en suis très heureuse. Donc pour répondre à ta question, je dirais un peu des deux ?

– Avec qui as-tu bougé dans ta carrière ? Les rencontres qui t’ont marquée…

J’ai d’abord commencé avec des gars de ma ville. Tout le monde se connaissait, c’était une petite ville, et on était une dizaine à commencer en même temps. A l’époque, c’était vraiment une bonne ambiance, on commençait, on faisait notre petit bout de chemin. Après je suis montée sur Lille et là, j’ai rencontré mon acolyte de pas mal de temps, Talis. On bougeait pas mal ensemble et on s’en foutait du reste…C’était le bon vieux temps ! Ça y est je parle comme une vieille.
Ensuite pas mal de rencontres de terrains, des bonnes comme des passagères. Petite pensée pour Snape et Teks, avec qui j’ai bougé à quelques occasions sur Paris et qui ont fait partie de mes bonnes rencontres, comme Skoer, Hipy, Komor, ou Woozy récemment. J’ai eu quelques crews au début, mais je me suis vite rendue compte que les gens allaient et venaient. Que souvent c’était uniquement pour le graffiti, juste pour peindre, et qu’en dehors chacun faisait sa vie. Donc au final, je préfère ne pas avoir de crew plutôt que d’en poser un juste comme ça, pour dire que j’en ai un : c’est des personnes que tu représentes en tapant ton crew, donc si tu n’es pas sûre d’elles, je ne vois pas l’intérêt.

– Comment définis-tu ton style ? Qui/quoi t’inspire, t’a inspiré ?

Oula, question difficile… Je ne sais pas vraiment quoi te répondre. Si tu peux m’aider je suis preneuse. On va dire qu’en vandal j’essaye de faire simple et efficace, c’est ce que l’on m’a appris quand j’ai commencé. En terrain c’est différent, je sketche avant d’y aller. Je pars du principe que c’est un terrain donc autant prendre son temps et essayer de faire ça bien.
Pour l’inspiration, j’essayais de faire mes propres lettres mais bon on n’a rien inventé. J’aimais beaucoup le taf de gars comme Esper, Cantwo, ou Yak pour ma région. Ce sont surtout des graffeurs qui travaillent la lettre, et pour autant ça reste bien lisible. Et c’est ça qui me plaisait. Tout ce qui est 3D, d’accord c’est technique, mais je ne me vois pas faire ça. J’aime bien quand on voit directement la lettre. Ça va beaucoup plus m’interpeller qu’une 3D.
Pour le vandal, il y en a pas mal qui me plaisent, ça va des pièces des MV’S que je voyais dans ma ville en commençant, aux trains italiens de Poison dont certains que j’ai pu voir en vrai sur les métros défoncés de Rome, en passant par les chromes de Bando ou Woody. J’en oublie pour la plupart. Donc pour résumer, on va dire tout ce qui est simple, lisible et efficace.

graffeuse-Tyles-Epinal - 2011 Epinal / 2011

graffeuse-Tyles-La Réunion - 2014 La Réunion / 2014

– As-tu des thèmes récurrents, des associations de couleurs préférées ?

Des thèmes ? Non, pas du tout ! Par contre couleurs oui, souvent dans les gris, violets… J’essaye de changer ça depuis quelques temps, surtout depuis que je me suis rendue compte qu’il y avait des couleurs que je n’avais jamais utilisé. Et tu tournes en rond au bout d’un moment, c’est bien de se recycler un peu.

– Comment vois-tu le graffiti dans son essence même ? (l’acte de graffer/taguer, le style, le graffiti en tant qu’art ou pas, dans la société….)

Ça reste simple, pour moi chacun son histoire, chacun sa raison de faire du graffiti. Pareil pour le style, tant que la personne prend son pied en le faisant, tant mieux pour elle, ça ne me regarde pas. Pour ce qui est de la question art ou pas, de l’entrée du graffiti dans les galeries, j’en ai royalementrien à faire. Les gars font ce qu’ils veulent.En gros, on va dire que je n’ai pas vraiment d’avis sur ça. Ce débat ne m’intéresse absolument pas.

– Le graff ou tag dont tu es la plus fière ?

C’était un « for the graffiti lover’s » que j’ai peint sur un train belge. C’est ma petite fierté, je ne sais pas vraiment pourquoi, surtout qu’il n’a rien de spécial. J’en ai refait deux ou trois d’ailleurs depuis.

graffeuse-Tyles-Belgique - 2009 Belgique / 2009

graffeuse-Tyles-Nord - 2009 Nord / 2009

– Certaines graffeuses t’intéressent ? (tous pays, supports confondus)

Au début je regardais pas mal le travail des graffeuses. Après tout, on est une communauté à l’intérieur d’un communauté. Je me disais si d’autres y arrivent, pourquoi pas moi ? Quand je commençais, c’était des noms comme Lady K., Kensa, Bule, Redly, Jolee, et les deux premières que tu as interviewées aussi, Malice et Else. Je prends ça comme une récompense de figurer dans la même liste d’interviews. Il y a quelques autres noms qui me viennent à l’esprit (du neuf et de l’ancien), Sax, Wüna, Kisa,
Rasta, Camo, Hope, Forma, et puis les Funky Girls aussi, d’Italie il me semble. Elles m’avaient mis une bonne claque avec leurs trains. Sinon, tout ce qui est fleurs et papillons, ça ne m’intéresse pas : c’est un cliché mais il y en a pas mal comme ça. De toute façon, celles qui le font par effet de mode ou parce que le copain graffe, ça se remarque sur le long terme. Après, chacune le fait à sa façon. A la finale, ça peut être un avantage comme un inconvénient : on
peut te critiquer et te juger incapable de faire telle ou telle chose, mais d’un autre côté tu auras une notoriété peut être plus rapide. La preuve, je ne pense pas avoir fait quoi que ce soit de spécial, je fais mes pièces de mon côté, et le fait d’être une fille t’a amené vers moi, à me poser ces
questions.
Quand tu regardes les forums qui parlent de graffeuses, ça dérape vite. On ne s’intéresse plus aux pièces mais à la fille en elle-même, je trouve ça un peu dommage. Mais sinon, il y en a sûrement des dizaines qui cartonnent ailleurs et dont je ne connais pas l’existence, celles dont on ignore qu’elles sont des filles mais aussi celles qui ne sont pas médiatisées. Donc celles que je suis ou que j’ai pu suivre viennent surtout de France, que j’ai pu découvrir toute jeune ou dont on m’a parlé au fil des rencontres. Et puis je m’intéresse surtout à celles qui font du lettrage. Tout ce qui est perso c’est sympa à regarder, mais c’est plus le travail de la lettre qui m’attire.

– Des regrets ? Des mauvaises expériences ?

Des regrets, non… J’ai pour principe de me dire que chaque expérience t’apporte forcément quelque chose dans ta vie et renforcera ton caractère.
Des mauvaises expériences… Quelques plans foireux, mais au final je m’en suis toujours sortie. Je me rappelle une fois dans le métro parisien, on était restés un petit moment à l’intérieur du métro sans rien faire, juste squatter, alors qu’on voulait le peindre après. Mon pote me donnait des conseils pour taguer, du coup j’essayais des lettres sur les vitres à la griffe. Et là, le maître-chien est arrivé et nous a coursés jusqu’à la sortie. On arrive devant les grandes grilles en fer du métro, impossible de sortir. Et devant il y avait quelques SDF, ils nous ont vus en galère et ils soulevé la grille à plusieurs. On est sortis de justesse, avec le maître-chien qui nous regardait à travers la grille.J’ai trouvé que c’était une belle anecdote, comme quoi on peut avoir de l’aide qui nous tombe dessus quand on s’y attend le moins.

– Puisqu’on parle principalement d’une discipline illégale, le vol est-il une pratique que tu connais, ou pas ?

Non ce n’est pas dans mes habitudes. Mais pour autant je me suis toujours débrouillée par moi-même pour me procurer ce qu’il me fallait.

– Expériences de garde à vue ?

Une seule, je touche du bois. Pour du tag, un peu bête mais c’est le jeu. Tant qu’il n’y a pas de conséquence, ça ne me dérange pas on va dire. Sinon, je m’en suis toujours sortie sans problème.

– Tu dessines beaucoup ? as-tu besoin de dessin sous les yeux quand tu peins ?

Beaucoup au début pour apprendre à travailler la lettre. Maintenant ça va dépendre des périodes, même si honnêtement ça se fait de plus en plus rare. Mais il va falloir que je m’y remette, ne serait-ce que pour évoluer, je trouve ça important. Je le vois quand je ne dessine pas, ça stagne. Et puis je n’aime pas me retrouver avec des incohérences dans mes lettres, et pour ça il n’y a pas de miracle, travail, travail et travail !

– Ton Top 5 musical ?

Allez Top 6 même. Pas forcément des musiques que j’écoute encore, mais celles qui m’ont marquées et qui font toujours plaisir à réentendre de temps en temps.

« Second souffle » / Scylla
« Du mal à s’confier » / Scred Connexion
« Mystère et suspense » / Fonky Family
« Bouge la tête » / IAM
« Malgré les épreuves » / Kery James
« Un angelo non è » / Eros Ramazzotti

– Mais…que fait Eros Ramazzotti dans tout ça ?

Et pourquoi pas , un peu de douceur dans ce monde brutes ! Une partie de ma famille est d’origine italienne, donc ça fait partie de ce que j’écoutais, et encore maintenant.

– Tu suis l’actualité, l’évolution du graffiti dans ta ville, ou même en France ? De quelle manière ? Des graffeurs, graffeuses actuel(le)s que tu as retenus ?

Je suis un peu les personnes que j’apprécie par Internet, je peux passer pas mal de temps parfois à regarder tel ou tel site. Mais sinon je préfère m’intéresser à l’actualité de ma ville. Voir qui a fait quoi et où. J’aime bien me retrouver dans de nouvelles régions et découvrir les personnes du mouvement au fur et à mesure. Avec Internet il faut avouer que c’est beaucoup plus facile, et ça enlève pas mal de charme d’ailleurs.

graffeuse-Tyles-Dunkerque - 2014 Dunkerque / 2014

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